Trump propose d’assouplir les limites de méthane pour le pétrole et le gaz : la Maison Blanche estime les économies à 45 milliards

Thibault Delacroix

EN 30 SECONDES

  • Que s’est-il passé ? Trump a annoncé ce mardi à Lubbock (Texas) la proposition du EPA pour rouvrir les limites de méthane pétrolier et gazier, y compris la règle de 2024 connue sous le nom d’OOOOb/c et le programme des super émetteurs.
  • Qui est derrière ? Le Maison Blancheadministrateur de l’EPA Lee Zeldin et l’aile du Parti républicain qui répond aux petits producteurs indépendants. L’annonce a été faite lors d’un rassemblement de soutien Ken Paxtonà une semaine des élections législatives.
  • Quel impact cela a-t-il ? La Maison Blanche estime les économies à 45 milliards de dollars. Pour l’Espagne, l’augmentation de la présence de gaz américain sur le marché mondial exerce une pression à la baisse sur les prix sur le marché ibérique, mais crée des frictions avec la réglementation européenne sur le méthane.

atout annoncé ce mardi dans Lubbock Proposition (Texas) EPA qui assouplit les limites des émissions de méthane provenant du pétrole et du gaz.

Le président lui-même a donné le chiffre : 45 milliards de dollars d’économies pour les consommateurs et les producteurs, en plus de 210 millions de barils de pétrole supplémentaires. « Cela permettra aux consommateurs et aux producteurs d’énergie d’économiser 45 milliards de dollars, de libérer d’énormes quantités de gaz naturel du Texas et de produire 210 millions de barils de pétrole », a-t-il déclaré. atout lors du rassemblement, comme l’a confirmé un responsable du Maison Blanche. Pour le mesurer : ce montant équivaut à plus de deux points et demi du PIB espagnol.

Qu’est-ce qui change exactement dans la norme du méthane

Le véhicule est une règle proposée qui rouvre la norme méthane 2024 approuvé sous l’administration Joe Biden, connu dans le jargon technique sous le nom d’OOOOb/c et qui fixe des normes pour les émissions de méthane et d’autres polluants du secteur. Le texte fait trois choses. Reconsidérer les normes applicables aux puits marginaux. Mettre fin au programme Super Emitterconçu pour détecter les fuites importantes de méthane à proximité des installations pétrolières et dont l’application avait déjà été retardée par cette administration. Et cela assouplit l’obligation d’éliminer progressivement les torchage routine, brûlant l’excédent de gaz dans le champ lui-même au lieu de le capter.

Le cœur politique réside dans les puits marginaux : des installations à faible production qui extraient en moyenne environ 15 barils d’équivalent pétrole par jour. Ils représentent moins de 5 % de l’approvisionnement en pétrole et en gaz des États-Unis, mais les États-Unis eux-mêmes EPA calcule que génèrent environ la moitié des émissions de méthane du secteur. « La personne moyenne dans le pays peut penser qu’il est raisonnable de les regrouper tous, avec la mentalité qu’ils sont tous Exxon ou Chevron », a déclaré l’administrateur de l’agence. Lee Zeldin. « Mais ce n’est pas comme ça. »

Le contexte immédiat est le prix du carburant. Le carburant diesel aux États-Unis reste à des niveaux historiques, 6,35 $ le gallonet l’administration teste depuis des mois des mesures pour le contenir dans un scénario marqué par les guerres en Iran et en Ukraine. D’où l’argument selon lequel l’assouplissement du fardeau réglementaire pesant sur les petits producteurs se traduit par une offre accrue et une baisse des prix à la pompe.

La règle sur le méthane est le domaine le plus contesté du droit environnemental américain : chaque administration la réécrit, et chaque réécriture finit devant les tribunaux.

L’annonce est également tombée Texaspremier Etat pétrolier du pays, avec un invité exceptionnel : le procureur général Ken Paxtoncandidat au Sénat, à une semaine des élections législatives du 3 novembre. Washington ne choisit pas le calendrier par hasard. Le rassemblement avait deux objectifs à la fois : présenter la mesure et mobiliser l’électorat énergétique de l’État.

Le gaz américain qui chauffe l’Espagne et le choc avec Bruxelles

L’Espagne importe pratiquement tout le gaz qu’elle consomme et USA Il s’est imposé ces dernières années comme l’un de ses principaux fournisseurs de gaz naturel liquéfié, aux côtés de l’Algérie et du Nigeria. Chaque navire quittant Sabine Pass ou Corpus Christi à destination des usines Enagas à Huelva, Cartagena ou Sagunto, il est acheté au prix du marché international. Une offre accrue aux États-Unis signifie une baisse des prix dans le MIBGASle marché ibérique de référence.

L’effet est indirect, mais réel : si la production au Texas et dans le bassin permien devient moins chère, le prix du gaz naturel liquéfié dans l’Atlantique se détend et la facture d’électricité et de chauffage en Espagne s’en aperçoit avec un certain retard. C’est la même logique qui opérait en 2023, lorsque le schiste argileux Les Américains ont amorti le choc de la crise énergétique européenne. Et cela concerne des entreprises ayant des intérêts des deux côtés de l’Atlantique : Repsolavec une production dans le golfe du Mexique, et Naturgieavec des contrats d’approvisionnement à long terme avec des usines américaines.

Il y a cependant une friction. En 2024, l’UE a approuvé une réglementation sur le méthane qui oblige les importateurs à déclarer l’intensité des émissions du gaz qu’ils achètent et ouvre la porte à l’exigence de seuils maximaux de la part des fournisseurs étrangers. Un gaz plus permissif en matière de fuites est moins cher à la source, mais plus difficile à certifier en Europe. Bruxelles et La Moncloa Ils examinent la norme américaine avec une seule question en tête : quelle part de cette économie devient un avantage commercial et quelle part devient un coût réglementaire pour celui qui signe le contrat. Le gouvernement espagnol, selon des sources sectorielles consultées par Moncloa.com, suit le dossier avec intérêt mais sans position publique formelle : la proposition n’est pas encore une règle définitive.

Logique de Washington

La décision est mieux comprise depuis un bureau à Lubbock que depuis Bruxelles. Le problème que atout tente de résoudre est triple : le prix du carburant, la rentabilité des milliers d’opérateurs indépendants qui soutiennent l’industrie au Texas, en Oklahoma et dans le Dakota du Nord, et la promesse d’une production nationale sans entrave. La coalition qui soutient cette mesure lutte depuis quatre décennies contre la même règle : les producteurs indépendants, leurs associations d’État et l’aile du parti. Parti républicain qui voit dans chaque norme environnementale une barrière à l’entrée pour les petits et un avantage concurrentiel pour les grands.

Le précédent historique est presque circulaire. Nixon créé le EPA en 1970. Reagan a transformé l’allégement réglementaire en un programme gouvernemental. Obama fixé les premières normes sur le méthane en 2016, atout a tenté de les annuler en 2020 – un tribunal fédéral a annulé la manœuvre – Biden les ont renforcés en 2024 avec la norme OOOOb/c et voilà que la roue tourne à nouveau. Aucune de ces règles n’a été un point final. Ils ont tous été une saison.

L’inconnu est technico-juridique. L’argument selon lequel un puits produisant 15 barils par jour mérite une norme différente ne tient devant les tribunaux que si l’agence explique pourquoi la taille justifie la différence d’obligation ; et le fait que ces puits concentrent près de la moitié des émissions du secteur joue en défaveur. Le retrait du programme Super Emitter est l’élément le plus exposé, car il élimine l’outil avec lequel les fuites importantes sont détectées. La période de commentaires publics s’ouvre désormais, avec un litige presque certain devant les tribunaux fédéraux avant que la règle ne devienne définitive, attendue dès 2027.

Pour l’Espagne, la lecture est un long calendrier. Le gaz américain, moins cher, arrive avant que Bruxelles ne fixe les seuils d’intensité, et l’espace de négociation européen se rétrécit à mesure que des contrats à long terme sont signés avec le standard américain en vigueur. Les élections législatives du 3 novembre diront quel capital politique Maison Blanche défendre le dossier ; le prix du gallon, s’il baisse, fera le reste.

Dossier

  • Le cas : Trump a annoncé à Lubbock, au Texas, une proposition de l’EPA visant à rouvrir la règle sur le méthane pour 2024, à assouplir les normes relatives aux puits marginaux, à annuler le programme des super émetteurs et à assouplir les exigences relatives au torchage de routine du gaz.
  • Faits marquants : des économies estimées à 45 milliards de dollars ; 210 millions de barils de pétrole supplémentaires ; des puits marginaux de 15 barils équivalents par jour qui représentent moins de 5 % de l’offre et près de 50 % des émissions de méthane du secteur ; diesel à 6,35 $ le gallon ; élections législatives le 3 novembre 2026.
  • Pour l’Espagne : L’augmentation du gaz américain fait baisser le prix du MIBGAS et allège la facture énergétique, mais complique la certification de l’intensité des émissions exigée par la réglementation européenne sur le méthane, un front ouvert pour les importateurs comme Naturgy et pour les exploitants des usines Enagás.