Mercadona entre dans l’histoire : c’est déjà la marque de supermarchés la plus forte au monde en 2026

Thibault Delacroix

Faire du shopping avec une calculatrice est devenu le sport national. Et au milieu de cet exercice de dentelle aux fuseaux vient de tomber un fait qu’il convient de lire lentement : Mercadona est, en 2026, la marque de supermarché la plus forte au monde.

Nous ne parlons pas de taille ou de chiffre d’affaires, nous parlons de la force de la marque, qui est autre chose : la capacité d’une marque pour le client de la choisir, de la recommander et de la défendre lorsque quelqu’un lui demande où il achète. Derrière ces données se cache le rapport annuel du cabinet de conseil Brand Finance, qui mesure la santé des marques avec son Brand Strength Index (BSI). La chaîne valencienne est passée de la troisième place qu’elle occupait en 2025 à la première de sa catégorie, avec un score de 93,1 sur 100. Chemin faisant, il laisse derrière lui l’allemand Edeka, le britannique Tesco et l’américain Walmart.

Je m’intéresse moins au trophée qu’au mécanisme. Car cet indice ne récompense pas ceux qui vendent le plus, mais plutôt ceux qui construisent le mieux l’immatériel. Et c’est là que réside la leçon intéressante, qui est aussi utile pour un grand distributeur que pour une boulangerie de quartier.

Le secret du succès

  • Investissement soutenu : stratégie marketing, innovation et commerciale maintenue dans le temps. Ce n’est pas une question de chéquier, c’est une question de persévérance.
  • Héritage de la marque : la familiarité, la réputation et le niveau de fidélité des consommateurs. C’est ce que le client pense de vous lorsque vous n’êtes pas là.
  • Performances commerciales : la sympathie ne paie pas les factures. Les chiffres doivent accompagner l’histoire.

Les trois piliers fonctionnent comme les pieds d’un tabouret : si l’un d’eux échoue, tout vacille. Et aucun n’est acheté à court terme. Ils mijotent, exercice après exercice, avec la patience de quelqu’un qui sait que le panier est conquis le mardi après-midi.

Brand Finance lui-même note que les chaînes de discount et de hors-prix prennent de l’ampleur bien avant les détaillants traditionnels à service complet. Sa directrice générale au Royaume-Uni, Annie Brown, attribue ces progrès à l’efficacité avec laquelle ces marques répondent à la pression sur les budgets familiaux et aux changements des habitudes d’achat.

Une marque ne se renforce pas en baissant les prix, mais en amenant son client à cesser de chercher s’il y a quelque chose de moins cher à côté.

Le reste du rapport présente la carte. Amazon reste la marque de vente au détail la plus valorisée de la planète, un trône que personne ne conteste, tandis que les chaînes à bas prix augmenteront la valeur combinée de leurs marques à un rythme trois fois supérieur à celui des détaillants à service complet à partir de 2023. La montée en puissance de Mercadona n’est donc pas un cas isolé : c’est la pointe visible d’un iceberg qui grandit sous l’eau depuis des années.

Ce qui a changé depuis 2025

Il y a un an, la chaîne valencienne était troisième dans ce même classement. Le saut à la première place ne s’explique pas par une campagne spécifique ou un produit star, mais par l’accumulation de nombreuses années à faire la même chose sans chichi. Dans un secteur où les modes vont et viennent chaque trimestre, c’est plus rare qu’il n’y paraît.

Il n’est pas non plus commode de dramatiser. Un rapport de ce type ne fait pas bouger les prix en rayon ni ne modifie le compte de résultat sur un an. Ce qui bouge, c’est la position de départ dans la conversation : une marque perçue comme la plus forte défend sa part avec moins d’efforts, et il est plus difficile pour un rival de la lui ravir par une simple impulsion.

Ce que cela signifie pour votre panier

Pour l’acheteur moyen, la conséquence est simple : la lutte pour sa fidélité ne va pas s’arrêter. Et cela se reflète principalement dans le prix du panier de base et dans la commodité du magasin. Lorsqu’une chaîne se sent forte, elle a tendance à protéger son assortiment et ses marges ; Lorsqu’elle se sent menacée, des promotions agressives arrivent.

Il y a un détail que je répète à chaque fois qu’on m’interroge sur ces classements : la force de la marque se voit moins dans la brochure et davantage dans les couloirs. Que vous trouviez ce que vous cherchiez, que les fruits ne soient pas fanés un mardi après-midi, que personne ne vous regarde d’un air sale lorsque vous passez en caisse. Tout cela s’ajoute aux points d’une enquête sans que le client ne se rende compte qu’il les donne.

L’inverse : ce que les données ne disent pas

Et maintenant la partie inconfortable. Aucun indice de force ne mesure la relation avec les fournisseurs, les conditions de travail de la main-d’œuvre ou l’effet réel qu’a l’expansion d’une grande chaîne sur le commerce de quartier. Ce sont des questions légitimes auxquelles un rapport d’évaluation de marque, de par sa nature même, ne répond pas.

Mercadona peut se targuer d’être leader en 2026, et cela est documenté. Bien entendu, il convient de rappeler que la force d’une marque, comme celle d’un bon ragoût, se mesure à la fin et non à la première bouchée.