La survie du nouveau gouvernement français est pour l’instant assurée : le Premier ministre Sébastien Lecornu a survécu jeudi à deux votes de censure à l’Assemblée nationale de Paris. « Maintenant, le débat peut commencer », a ensuite déclaré Lecornu, faisant référence aux prochaines négociations budgétaires.
Le vote sur la première motion, présentée par le parti populiste de gauche LFI, a été serré : 271 des 577 députés ont soutenu la motion, comme l’a annoncé la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet. Il ne manquait que 18 voix pour obtenir la majorité. Seuls 144 des 577 députés ont voté pour la proposition du parti populiste de droite Rassemblement National.
Il y avait des dissidents dans plusieurs partis : sept députés du Parti socialiste (PS) ont soutenu la motion des populistes de gauche, contrairement à la ligne du parti. Parmi les républicains conservateurs, trois députés ont voté pour la proposition des populistes de droite.
La survie politique du gouvernement est pour l’instant assurée
Le Premier ministre Lecornu, issu du parti présidentiel Renaissance, a ainsi assuré la survie politique de son gouvernement, nommé dimanche dernier. Le prix à payer en a été l’annonce que l’Assemblée nationale voterait la suspension de la réforme controversée des retraites. Le président français Emmanuel Macron a considéré la réforme, en vigueur depuis 2023 et augmentant progressivement l’âge de la retraite de 62 à 64 ans, comme l’une des plus grandes réussites de son deuxième mandat.
Les socialistes avaient demandé leur suspension et ont accepté en échange de ne pas soutenir les motions de censure des autres partis. Les votes des près de 70 députés auraient pu être le facteur décisif.
L’Assemblée nationale doit maintenant se pencher sur le projet de budget présenté mardi par le gouvernement. Lecornu réclame des mesures d’économies d’un montant d’environ 30 milliards d’euros. Il a également souligné que la suspension de la réforme des retraites devait être compensée par des économies ailleurs. Il estime ce montant à 400 millions d’euros l’année prochaine et à 1,3 milliard d’euros en 2027.
Les projets de loi devraient être adoptés d’ici la fin de l’année
L’Assemblée nationale devrait adopter les deux projets de loi – sur le budget du gouvernement et sur le budget de la sécurité sociale – d’ici la fin de l’année. Lecornu s’était engagé à laisser le dernier mot au Parlement et à ne pas appliquer l’article 49.3 de la Constitution. Cela permet de l’adopter sans vote final si le gouvernement survit à un vote de censure ultérieur.
La suspension de la réforme des retraites doit être intégrée dans le projet de loi sur la sécurité sociale en novembre. L’âge de la retraite, actuellement fixé à 62 ans et neuf mois, ne sera plus relevé d’ici janvier 2028.
De nombreux amendements et des débats houleux sont attendus lors du prochain débat budgétaire. Le chef du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, a déjà annoncé vouloir apporter des modifications massives au projet. « Nous obtiendrons des concessions majeures », a déclaré Faure. Son parti réclame notamment une hausse des impôts pour les riches. « Si le gouvernement ne tient pas ses promesses, notamment en ce qui concerne la suspension de la réforme des retraites, nous participerons à une chute », a-t-il souligné.
Et si le gouvernement s’effondrait ?
Si le gouvernement devait s’effondrer avant la fin de l’année, le budget de l’année en cours devrait être reporté à l’année suivante en vertu d’une loi spéciale. C’était déjà le cas en 2024/25.
Macron a récemment indiqué que si le gouvernement tombait à nouveau, il convoquerait de nouvelles élections – ce qu’il avait auparavant exclu. Depuis les nouvelles élections de l’été 2024, l’Assemblée nationale est divisée en trois camps hostiles, dont aucun ne dispose de majorité. Selon des sondages, les populistes de droite pourraient améliorer leurs résultats. Cependant, la situation majoritaire risque de rester compliquée.
Le deuxième gouvernement de Lecornu est le quatrième en moins d’un an et demi et le sixième depuis la réélection de Macron en 2022. Son premier gouvernement n’a duré que 14 heures. Lecornu a démissionné, mais Macron a immédiatement demandé à poursuivre la recherche d’un compromis. Vendredi dernier, Macron a nommé Lecornu pour la deuxième fois.






