Donald Trump a signé mardi une nouvelle stratégie nationale antiterroriste qui décrit les alliés les plus riches de l’OTAN comme des « incubateurs de menaces terroristes », les accusant de permettre à des « cultures étrangères » d’exploiter l’ouverture des frontières. Le document, publié par la Maison Blanche, représente un changement radical dans la doctrine de Washington et place l’Europe au centre de la cible.
Le contenu de la stratégie : des alliés à la menace
La nouvelle stratégie nationale de lutte contre le terrorisme rompt avec des décennies de rhétorique coopérative. Le texte utilise un langage particulièrement dur pour désigner les partenaires de l’Alliance : il parle d’« incubateurs de terreur » et affirme que l’immigration de masse, tolérée par les gouvernements européens, a permis l’infiltration de réseaux extrémistes. Des sources administratives citées par des fuites de presse indiquent que le président est particulièrement irrité contre l’Allemagne, la France et l’Espagne.
Le document souligne que la combinaison de politiques d’asile laxistes, du manque d’intégration et de systèmes de surveillance fragmentés transforme les capitales européennes en plateformes de recrutement et de planification. Le Pentagone, en coordination avec le Conseil de sécurité nationale, a commencé à revoir les protocoles de partage de renseignements qui pourraient être restreints si les alliés ne changent pas de cap.
La mention explicite de « cultures étrangères » a suscité un fort rejet diplomatique, même si la Maison Blanche défend qu’il ne s’agit pas d’une attaque contre des groupes ethniques mais d’une référence à des idéologies étrangères aux valeurs occidentales. Le ton n’est cependant pas sans rappeler les discours les plus controversés de la campagne 2024.
Silence officiel et troubles à Bruxelles
La réaction européenne a été prudente. La Commission européenne a évité une condamnation formelle, se limitant à souligner que la lutte contre le terrorisme doit être basée sur « le respect mutuel et les droits fondamentaux ». La France et l’Allemagne ont publié des déclarations presque identiques soulignant leur engagement en faveur de la sécurité transatlantique, sans mentionner directement les accusations.
L’Espagne, qui avait déjà été critiquée par Washington pour les poussées migratoires aux îles Canaries et dans les villes autonomes, reste silencieuse. Moncloa sait que toute réaction de colère pourrait mettre encore plus à rude épreuve les relations déjà endommagées par le virage protectionniste américain et le débat sur les dépenses de défense. Cette stratégie intervient également à un moment particulièrement délicat : l’Exécutif négocie un nouvel accord de coopération avec le Maroc qui pourrait être affecté si Trump associe l’immigration au terrorisme au Maghreb.
Nous observons une tendance : chaque fois que Washington met l’accent sur l’immigration, Rabat utilise la carte d’immigration comme monnaie d’échange dans ses revendications sur le Sahara.
Équilibre des pouvoirs
La nouvelle doctrine antiterroriste de Trump constitue un séisme pour l’axe Washington-Bruxelles. Il ne s’agit pas d’une bravade isolée : elle fait partie d’une stratégie plus large de retrait sélectif qui a commencé avec le retrait d’Afghanistan et a été accentuée par les menaces de retrait du parapluie nucléaire. En accusant les alliés de l’OTAN de faire partie du problème, la Maison Blanche crée une justification juridique et politique pour réduire sa présence militaire en Europe et, surtout, pour conditionner la protection de l’article 5 à des réformes en matière d’immigration.
Pour l’Espagne, l’impact est multiple. Premièrement, l’association explicite entre immigration et terrorisme pourrait affecter les programmes d’aide au développement au Sahel, une région que le Pentagone considère comme prioritaire après le retrait français. Deuxièmement, si l’administration renforce les exigences de visa pour les citoyens des pays à forte pression migratoire, les flux vers les îles Canaries et les frontières sud pourraient augmenter à mesure que d’autres routes seront fermées. Et troisièmement, la pression sur les dépenses de défense s’intensifie : si l’Europe devient un « incubateur », l’argument de Trump selon lequel exiger 5 % du PIB gagnera en poids et la Moncloa perdra de la marge de négociation.
Historiquement, jamais un président américain n’est allé aussi loin dans la stigmatisation de ses alliés. Même pendant la crise des missiles cubains, Kennedy a maintenu une rhétorique de défense commune. Le précédent le plus proche est l’intervention en Libye en 2011, lorsque Washington a accusé la France et le Royaume-Uni de diriger sans capacité militaire suffisante, mais sans les décrire comme une menace interne. Aujourd’hui, la situation est différente : l’administration Trump a décidé que le coût de la sécurité européenne ne valait plus l’investissement, et le terrorisme lui sert d’alibi.
Cet éditorial comprend que le mouvement, bien que provocateur, répond à une réalité inconfortable : les systèmes d’asile européens ont été exploités par des individus radicalisés. Cependant, transformer des alliés en ennemis n’est pas seulement risqué sur le plan diplomatique, cela pourrait également alimenter des cycles de méfiance qui affaibliraient la véritable lutte contre le terrorisme. Le prochain Conseil européen de juin sera l’étape où les Vingt-Sept devront articuler une réponse commune s’ils veulent éviter que le fossé ne se transforme en fracture définitive.






