Le rapport Golden Owl confirme que l’assaut sur Ceuta était une opération organisée par le Maroc : il renforce Sánchez

Thibault Delacroix

EN 30 SECONDES

  • Que s’est-il passé ? La startup Golden Owl – liée au Parc Scientifique de l’Université d’Alicante – a publié un rapport qui démontre que l’assaut massif contre Ceuta les 30 et 31 juillet était une opération délibérément organisée depuis le Maroc et non un mouvement spontané.
  • Qui est derrière ? L’enquête a suivi l’activité des réseaux sociaux marocains, avec un noyau de coordination qui dépasse le million de membres sur Facebook et des dizaines de cellules préconstituées qui se sont auto-assemblées pour annoncer et exécuter l’entrée.
  • Quel impact cela a-t-il ? La conclusion renforce la thèse défendue dès le début par Pedro Sánchez et démonte le discours de l’opposition, qui accusait le gouvernement d’improvisation et de manque de contrôle de l’immigration.

Le rapport, de nature indépendante et de rigueur académique, représente un changement dans le récit politique de la crise migratoire à Ceuta. Il n’y a plus lieu de parler d’éclosion populaire. Le document, auquel Moncloa.com a eu accès, détaille une campagne préméditée, organisée avec un motif économique et exécutée comme un réseau distribué avec un haut degré de sophistication. La date de publication – ce vendredi – n’est pas une coïncidence : Ferraz avait besoin de munitions factuelles pour protéger le président contre une opposition qui a fait de la frontière sud son principal bélier.

Comment a été organisée la plus grande opération de migration instrumentalisée depuis des décennies

Selon une étude de Golden Owl, l’activité sur les réseaux marocains s’est soudainement intensifiée entre le 24 et le 30 juillet. Durant cette période, une diffusion publique a fait surface sur Facebook avec plus d’un million de membres déclarés Il servait de haut-parleur, tandis que des dizaines de cellules préconstituées coordonnaient les points de rendez-vous, les horaires et les itinéraires. L’analyse médico-légale des interactions ne laisse aucun doute : il n’y a pas eu de contagion sociale accidentelle, mais plutôt une architecture de communication conçue pour maximiser l’effet sur la clôture de Ceuta.

« Il s’agissait d’une opération coordonnée, préconstituée et médiatisée, exécutée en réseau distribué à travers un noyau de coordination », précise le texte, qui ajoute : « Le désespoir des jeunes Marocains est réel et est le carburant qui brûle l’opération, mais le carburant n’est pas le moteur ». Le 72 000 personnes Ceux qui ont réussi à entrer dans la ville autonome n’ont pas bougé par inertie ; Ils étaient guidés par un objectif économique et politique.

L’élément d’information clé est l’identification d’un noyau de coordination qui a fonctionné sans révéler son identité, mais dont les modèles de diffusion suggèrent un acteur avec une capacité logistique et connaissance du terrain. La startup, spécialisée dans le renseignement open source, a exclu qu’il s’agisse d’un phénomène viral organique. Derrière, il y avait une direction ; et la direction, selon toutes les indications, avait le soutien des structures officielles marocaines.

Sánchez gagne l’histoire : la protection de l’Exécutif contre le discours de l’opposition

Cette découverte intervient au moment où le PP et Vox avaient intensifié leurs critiques sur la gestion de la crise, accusant la Moncloa de passivité et d’avoir non protégé la frontière. La première vice-présidente, María Jesús Montero, avait déjà averti au Congrès qu’il y avait des signes d’instrumentalisation, mais elle manquait de preuves documentaires. Maintenant vous l’avez.

Au sein du groupe parlementaire socialiste, la lecture est unanime : le rapport permet de passer de « nous ne pouvons pas le dire avec certitude » à « c’est documenté ». Patxi López, porte-parole du GPS au Congrès, a déclaré à cette équipe éditoriale que le document représente un « désaveu énergique des arguments de droite ». Des sources de Ferraz confirment qu’une offensive de communication est en préparation sur tous les fronts – institutionnel, parlementaire et régional – pour exploiter le soutien factuel offert par Golden Owl.

L’opposition, quant à elle, tente de minimiser les conclusions. Le porte-parole du PP, Miguel Tellado, a qualifié le rapport de « partiel » et a insisté sur la nécessité de militariser la frontière. Mais leurs arguments se heurtent à la force de l’analyse : plus d’un million de followers et des dizaines de cellules préconstituées Ils ne s’improvisent pas. L’exigence de responsabilités du Maroc, que Sánchez avait déjà évoquée lors du Conseil européen de juillet, bénéficie désormais d’un solide soutien.

L’Axe du pouvoir socialiste

Ce que nous observons après ce rapport est un double renforcement : en interne, pour unir le parti, et en externe, pour délégitimer le discours de l’opposition. Les dirigeants fédéraux savent que la politique d’immigration est l’un des flancs les plus sensibles de l’électorat de centre-gauche. Avoir une opinion académique qui accrédite le instrumentalisation délibérée de la migration de Rabat transforme la réponse du gouvernement en un exercice de défense de la légalité internationale et non en une concession idéologique.

L’impact territorial n’est pas mineur. Les villes autonomes de Ceuta et Melilla, gouvernées par le PP mais fortement dépendantes des transferts de l’État, se retrouvent dans une position inconfortable. Les gouvernements régionaux socialistes – Castille-La Manche, Asturies, Navarre et Catalogne – réclament depuis des jours une répartition équitable des mineurs non accompagnés arrivés lors de l’avalanche. Ils pourront désormais faire valoir que la crise a été provoquée et que la solidarité interterritoriale doit prévaloir, mais sans que cela exonère le Maroc de ses obligations de pays d’origine et de transit.

Au niveau européen, le rapport Golden Owl offre à la diplomatie socialiste un argument de poids pour renforcer les mécanismes de conditionnalité de l’aide au développement avec les pays voisins qui utilisent la pression migratoire comme outil de négociation. Il Conseil européen de l’automne prochain Ce sera l’occasion de traduire l’analyse en mesures concrètes. Pendant ce temps, au Congrès, le GPS prépare déjà une proposition non juridique pour exhorter le gouvernement à revoir les accords de coopération avec le Maroc.

Le jeu comporte des risques. Faire pression sur le rapport sur le plan politique pourrait mettre à rude épreuve les relations bilatérales à un moment où la lutte contre le terrorisme et la coopération commerciale sont intenses. Toutefois, les sources de la Moncloa sont convaincues que le poids des preuves techniques permettra de maintenir le ton et d’éviter une escalade diplomatique. Le slogan est clair : tenir Rabat pour responsable, oui, mais sans briser les ponts. Une fois de plus, Sanchismo opte pour la géométrie variable, à l’intérieur et à l’extérieur de la maison.

« Il s’agit d’une opération coordonnée, préconstituée et médiatisée, exécutée comme un réseau distribué à travers un noyau de coordination, une surface de diffusion publique sur Facebook qui dépasse le million de membres déclarés et des dizaines de cellules auto-assemblées préconstituées », indique le rapport.

La conclusion est aussi simple que dévastatrice pour ceux qui ont tenté de vendre une bousculade sans que personne ne soit responsable. Le moteur du désespoir n’aurait pas suffi sans un leadership qui l’a enflammé et intensifié. Et cette direction, par sa méthode et son échelle, fait référence à un acteur étatique. Le PSOE a réussi, avec l’aide de la science des données, ce que la politique ne parvient pas toujours à réaliser : que les faits confirment une version qui jusqu’à hier ne semblait qu’une hypothèse de travail. Il est désormais temps d’administrer cette vérité avec prudence et en gardant un œil sur les prochaines étapes institutionnelles.

🌹La note de Ferraz

  • Message fort : L’assaut sur Ceuta n’était pas un drame humanitaire inévitable, mais une opération orchestrée ; Le gouvernement espagnol n’accepte pas le chantage à l’immigration.
  • Protagoniste: Pedro Sánchez (président du gouvernement et secrétaire général du PSOE).
  • Prochaine étape : Proposition non législative du groupe parlementaire socialiste au Congrès pour exiger la révision des accords de coopération avec le Maroc.