Le changement d’équipe d’Alimerka pour ses 6 500 travailleurs est appliqué depuis la mi-octobre sans le soutien d’aucun syndicat. La chaîne asturienne, la première du secteur dans les Asturies et possédant des supermarchés en Galice et en Castille-et-León, a déplacé à elle seule le calendrier de 172 centres. Le pouls, loin de se refroidir, augmente.
Il est conseillé de commencer par le concret : il s’agit ici de quelque chose de très mesurable, du nombre de jours de congé dont dispose une personne par an. Jusqu’à cet automne, le personnel travaillait cinq jours et deux jours de congé, avec une journée de travail hebdomadaire de 37,5 heures. L’entreprise elle-même a mis en place petit à petit ce 5+2 et l’a présenté comme un progrès. Dans les Asturies, cette mesure était en vigueur depuis à peine un an.
Qu’est-ce qui change exactement dans le calendrier
Le nouveau système est organisé en blocs de quatre semaines. Au sein de chaque bloc, six jours de travail alternent avec un jour de repos et cinq jours avec deux.
Transféré à l’année, le solde passe de 104 à 78 jours gratuits, selon les calculs de CCOO. La différence, ce sont les 26 jours qui donnent son titre au conflit. À cela s’ajoutent moins de samedis libres et moins de week-ends prolongés, là où le chiffre cesse d’être arithmétique.
Voilà l’os.
Les travailleurs insistent sur le fait qu’ils n’exigent rien de nouveau, mais simplement préserver ce qu’ils avaient déjà. Et ils retiennent un fait important : c’est un secteur majoritairement féminin, où l’ajout de jours de travail complique la conciliation familiale. Leur proposition est à l’opposé de celle de l’entreprise : augmenter les effectifs au lieu d’étirer ceux qui existent déjà.
Vingt-six jours ne sont pas un chiffre convenu : ce sont les samedis, ce sont les week-ends et ce sont la logistique d’une maison entière.
Les trois clés du pouls
- Unilatéralité : Le calendrier arrive à circuler un jour après la clôture de la période de consultation sans accord. Aucun centre ne le signe.
- Flexibilité sans compensation : l’entreprise gagne en capacité d’ajustement aux heures de pointe ; Le personnel perd 26 jours de repos par an.
- Un modèle qui ne se répète pas : Elle n’est pas référencée dans d’autres chaînes régionales comme Froiz, Gadis ou Coviran.
Chronologie : du 22 septembre à la grève du 11 novembre
Alimerka a ouvert la procédure de modification des conditions en septembre. Sa première approche était encore plus exigeante : trois semaines de six jours et une semaine de cinq jours, avec une équipe fractionnée, qui ne laissait que 65 jours libres par an. CCOO a également prévenu qu’elle ne garantissait pas les 12 heures de repos obligatoires entre un jour et le suivant.
Plus tard, une deuxième offre est arrivée sans fractionnement, ce que le syndicat n’a pas non plus jugé suffisant. La période de consultation s’est clôturée le 22 septembre sans accord. Un jour plus tard, la direction communiquait le calendrier à l’ensemble du personnel. Il n’a été signé ni par CCOO, ni par UGT, ni par USO, ni par FETICO. Pas une signature.
La réponse syndicale progresse de trois manières simultanément. Le processus judiciaire est déjà en cours : conflit collectif devant le Tribunal National, compétent car la mesure touche 172 centres dans trois communautés, avec une revendication claire, le retour au système précédent. Le rassemblement de rue ajoute des concentrations devant le supermarché El Molinón, à Gijón et dans d’autres villes comme Zamora, ainsi qu’un rassemblement avec le slogan « Le 5+2 n’est pas touché ».
La troisième voie est la collecte de signatures, qui aujourd’hui, le 29 octobre, passe par Oviedo après avoir traversé Avilés, et qui arrivera à Gijón le 8 novembre. Et il manque le plus grand événement : le personnel soutiendra la grève générale du 11 novembre avec ses propres piquets, le premier que CCOO et UGT convoquent conjointement depuis 2012.
Ce que dit (et ce qu’il ne dit pas) la décision de la Cour suprême
En arrière-plan se trouve l’arrêt 274/2026 de la Cour suprême du 12 mars. Il a résolu un doute récurrent : si les 12 heures de repos entre les jours peuvent être incluses dans le jour et demi de repos hebdomadaire établi par le Statut des travailleurs. La Haute Cour, s’appuyant sur la réglementation européenne et la CJUE (2023), a conclu qu’il s’agit de droits indépendants qui s’ajoutent. Avec les minimums légaux, cela signifie 48 heures consécutives de repos.
Il convient de préciser, car dans les réseaux, il a été considéré comme régulier. Cette doctrine a été établie sur la base d’un accord précis et ne prouve pas en soi que le calendrier est illégal. Celui qui décide est le Tribunal National.
Quels sont les enjeux pour le modèle et le panier
L’entreprise affirme avoir besoin d’un modèle plus adaptable pour couvrir toutes les heures de travail et renforcer les heures de pointe. Selon CCOO, la direction l’associe également à la perte de clientèle, ce que rejette le syndicat. Ce n’est pas non plus le premier affrontement : en 2019, il y a eu huit jours de grève en pleine campagne de Noël, et fin 2025, environ 200 réclamations individuelles ont été déposées pour durée de travail excessive.
Pour ceux qui poussent le chariot, le conflit se traduit par quelque chose de vérifiable : moins de marge de réaction à la caisse pendant les heures de pointe. Pour le staff, dans une question non épique : combien de samedis par an peuvent-ils passer loin du box. Et pour le secteur, un précédent. Si la Cour Nationale approuve le 6×1, d’autres chaînes auront l’argumentaire prêt. Si vous le renversez, le 5+2 devient moulu.
Pour l’instant, c’est l’entreprise qui décide. Ensuite, le tribunal décide.






