La crise de Ceuta a ouvert une nouvelle fissure dans la politique d’immigration de la coalition, et ce n’est pas seulement une question de frontières.
Ceuta comme banc d’essai pour la politique d’immigration de la coalition
Jusqu’au 30 juillet, l’exécutif de coalition progressait dans une gestion relative de l’immigration. Les entrées irrégulières par voie terrestre et maritime ont diminué de 24%, la répartition des mineurs non accompagnés entre communautés autonomes fonctionnait à un bon rythme et donnait de l’air aux îles Canaries, Ceuta et Melilla. En outre, la régularisation extraordinaire approuvée pourrait faire sortir près d’un million de personnes de la clandestinité.
L’avalanche de Ceuta a tout changé. Plus de 80 000 personnes sont entrées par le brise-lames d’El Tarajal, à la frontière avec le Maroc. Pedro Sánchez a parlé de violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne, mais le Conseil national de sécurité n’a pas été convoqué : un geste qui souligne que La Moncloa a opté pour un prisme migratoire et non pour la sécurité nationale.
Le Gouvernement s’accroche à un atout central pour décongestionner les rues de Ceuta : la collaboration de Rabat. Un rapport confidentiel de la Commission européenne, publié par Statewatch en 2024, estimait à seulement 8 % les expulsions de Marocains acceptées par le Maroc. Garder cette porte ouverte nécessite, selon des sources ministérielles, de faire preuve de complicité avec le partenaire fiable. Le 15 août, Rabat a fait preuve de force au poste frontière avant qu’un autre passage massif ne soit appelé, ce qui a permis à l’exécutif de se concentrer sur les soins et l’accueil. Et le 23 septembre 2026 aura lieu un rendez-vous clé : le Maroc tiendra ses sixièmes élections législatives sous Mohamed VI.
La dimension intérieure : l’accueil, les mineurs et le mal-être de Sumar
La deuxième visite du Ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaskavers la ville autonome a marqué un tournant. Des alarmes se sont déclenchées et des appels ont été échangés entre les équipes ministérielles impliquées dans la crise. Le lendemain, on apprit que Elma Saïzministre de la Migration, est arrivé à Ceuta le 17 août, près de vingt jours après l’assaut de la frontière.
En pratique, près de 2 000 nouvelles places ont été temporairement ouvertes pour accueillir les migrants, et jusqu’à 4 000 lits pourraient être ouverts dans les semaines à venir. Mais les coutures du système hôte sont sous tension. Bruxelles surveille de près et exige les retours, tandis que le ministère de la Jeunesse et de l’Enfance a proposé de transférer 500 filles et adolescentes non accompagnées.
La crise de Ceuta ne nécessite pas seulement de gérer 80 000 arrivées : elle oblige la coalition à décider quel poids réel ont les droits de l’homme dans sa politique d’immigration.
Relocaliser les mineurs par la loi est, du coup, le terrain le plus délicat pour la coalition : l’activation du mécanisme de Droit de l’immigration de relocaliser les mineurs dans la péninsule par la loi. La Moncloa craint que ces transferts, effectués depuis des années d’abord par solidarité puis par obligation, soient interprétés par l’Europe comme un geste de faiblesse en termes de retours.
Pendant ce temps, la réponse des familles d’accueil durera des mois, et non des semaines. La normalisation, quelle que soit la solution pour chaque migrant, ne sera pas rapide. L’exécutif tentera de maintenir l’harmonie avec Rabat pour qu’il accepte les expulsions de ses ressortissants, une équation inconfortable pour le partenaire minoritaire de la coalition.
Dynamique des coalitions
Dans Ajouter Deux logiques cohabitent face à la crise. L’une donne la priorité à l’urgence humanitaire, à la protection internationale et à la relocalisation des mineurs ; l’autre suppose que la relation avec le Maroc impose des limites et que le contrôle des frontières ne peut pas disparaître du discours gouvernemental. Le bilan n’est pas nouveau, mais l’avalanche de Ceuta l’a mis sur le devant de la scène. L’espace Sumar n’est pas monolithique. Sa marge au sein de l’Exécutif est limitée par la nécessité de ne pas briser la coalition.
La dimension de coalition est immédiate : le PSOE contrôle l’Intérieur, les Migrations et les relations diplomatiques avec Rabat, tandis que Sumar apporte un capital politique dans les droits sociaux et l’agenda de l’enfance. La proposition du Ministère de la Jeunesse et de l’Enfance de transférer 500 filles et adolescentes est le premier geste concret de l’espace confédéral, mais elle ne résout pas le fossé sous-jacent.
La projection a déjà une date au calendrier : 23 septembre 2026élections législatives au Maroc. D’ici là, Bruxelles gardera sa loupe sur l’Espagne et décidera d’activer ou non la relocalisation des mineurs par la loi. Ce que l’on observe, c’est un exécutif qui tente de répartir les coûts politiques entre contrôle et réception, sans que le partenaire minoritaire ne parvienne encore à imposer son propre cadre de réponse à la crise.
Dossier
- Le cas : La crise à Ceuta, avec plus de 80 000 entrées irrégulières via El Tarajal, a ouvert une brèche dans la politique d’immigration et de voisinage du gouvernement de coalition PSOE-Sumar.
- Informations importantes : Les entrées irrégulières avaient chuté de 24 % avant le 30 juillet ; Le Maroc n’a accepté que 8 % des expulsions ; 2 000 places temporaires ouvertes, avec jusqu’à 4 000 lits prévus ; transfert proposé de 500 filles et adolescentes ; élections au Maroc le 23 septembre 2026.
- Résumé: Le processus d’accueil durera des mois et place la politique d’immigration de la coalition au centre de la surveillance européenne, Sumar étant contraint de trouver un équilibre entre les droits de l’homme et les relations avec le Maroc.






