La réactivation de l’agenda parlementaire de Javier Milei avec l’objectif déclaré d’être réélu en 2027, il a déclenché l’alarme dans les sièges de grandes entreprises espagnoles ayant des intérêts dans le pays. Et ce n’est pas étonnant : l’Argentine est l’une des destinations historiques des investissements espagnols en Amérique latine.
Quel est l’enjeu de ce tournant politique pour les entreprises espagnoles ?
Telefónica, BBVA, Santander, Repsol ou Naturgy Ce ne sont là que quelques-uns des noms qui occupent des positions stratégiques dans ce pays du sud. Le chiffre global des investissements espagnols dépasse les 10 milliards d’eurosselon les derniers relevés du ICEX. Un portefeuille qui, ces dernières années, a dû surmonter les contrôles de capitaux, la montée en flèche de l’inflation et les brusques changements réglementaires.
Aujourd’hui, alors que le parti au pouvoir s’efforce d’ouvrir la voie aux élections, les analystes craignent que le pragmatisme électoral ne l’emporte sur la sécurité juridique. L’élimination du PASSÉ (élections primaires) et la recherche d’alliances avec les gouverneurs peuvent altérer l’équilibre institutionnel qui soutient les contrats.
Pour les managers espagnols, le maître mot est la stabilité. « Nous avons besoin de règles claires pour cinq ans », répètent-ils en privé. Cependant, le paquet de réformes en préparation au Congrès argentin comprend des modifications à la charte de la Banque centrale et l’introduction d’un mécanisme de fermer budgétaire, qui introduit de nouvelles variables de risque.
Le paradoxe est évident : alors que le président Milei se vante d’un excédent budgétaire et d’une maîtrise de l’inflation, son engagement en faveur d’une réforme électorale précipitée et la concentration du pouvoir dans la figure présidentielle suscitent des soupçons quant à l’indépendance des institutions.
L’histoire a montré que les périodes de consolidation du pouvoir en Argentine s’accompagnent souvent de changements réglementaires qui surprennent les investisseurs internationaux.
Les réformes qui peuvent changer les règles du jeu
Le catalogue législatif promu par le gouvernement de La liberté avance Il comporte plusieurs façades ouvertes. La réforme électorale vise à éliminer les primaires obligatoiresce qui permettrait de réduire les coûts mais également de réduire la transparence. Une démarche qui, aux yeux des investisseurs, privilégie la concentration du pouvoir plutôt que la stabilité.
En parallèle, le ministère de l’Économie finalise un projet visant à graver dans le marbre l’excédent budgétaire à travers une règle de fermer. Cet outil, importé du modèle américain mais avec des adaptations locales, forcerait la paralysie des dépenses non essentielles en cas de rupture de l’équilibre budgétaire. Bien qu’en théorie cela renforce la discipline, cela introduit également des rigidités qui peuvent effrayer les marchés de la dette.
Plus controversée encore est la tentative de réforme de la charte biologique du Banque centrale. Tout changement qui affaiblit son autonomie est vu à la loupe par les agences de notation et, par extension, par les entreprises espagnoles qui ont besoin d’accès aux devises et de sécurité monétaire.
Leçons du passé : quand l’Argentine a changé les règles en plein match
La mémoire des entreprises espagnoles regorge d’épisodes au cours desquels la politique argentine a pris un tournant et a laissé les investisseurs piégés. Le précédent le plus notoire est l’expropriation d’YPF en 2012, qui a coûté Repsol plus de 5 milliards de dollars en compensation ultérieure.
Également sous le gouvernement de Mauricio Macriles entreprises espagnoles ont vu les restrictions de change assouplies, pour ensuite revenir avec plus de force sous l’administration d’Alberto Fernández. La leçon est claire : En Argentine, les cycles politiques conditionnent les cycles d’investissement.
Pour cette raison, l’engagement de Milei pour un second mandat met en tension deux scénarios. Point positif : s’il parvient à consolider le cap libéral et à garantir des règles stables, le capital espagnol pourrait en bénéficier. Mais la voie la plus probable à court terme est celle d’une plus grande incertitude, avec un gouvernement qui donnera la priorité à la survie électorale plutôt qu’à l’armure institutionnelle exigée par les investisseurs.
Quoi qu’il en soit, comme c’est souvent le cas, c’est le marché obligataire qui aura le dernier mot. Si la prime de risque augmente, les compagnies de téléphone, les banques et les sociétés énergétiques espagnoles seront les premières à subir les chocs.
📌 Dossier
- Dossier : Le gouvernement de Javier Milei a fait de la réélection présidentielle de 2027 un objectif prioritaire et, à cette fin, il réactive un agenda législatif avec des réformes économiques et électorales qui inquiètent les investisseurs internationaux, y compris espagnols.
- Informations importantes : Les investissements espagnols en Argentine dépassent les 10 milliards d’euros, concentrés dans les télécommunications, la banque et l’énergie. Les réformes proposées comprennent l’élimination des primaires, la règle de fermeture budgétaire et des changements à la Banque centrale.
- Résumé: L’incertitude réglementaire et la politisation des décisions législatives menacent la sécurité juridique des entreprises espagnoles, qui observent avec prudence un processus susceptible d’affecter leurs intérêts stratégiques.






