Le PP promeut une commission d’enquête aux Cortes d’Aragon sur les « orgies » d’Ábalos

Thibault Delacroix

EN 30 SECONDES

  • Que s’est-il passé ? Le PP a enregistré ce lundi aux Cortes d’Aragon une commission d’enquête sur le scandale des prétendues « orgies » et l’utilisation irrégulière des ressources publiques liées à José Luis Ábalos. Le PSOE a annoncé son soutien, ce qui marque son approbation.
  • Qui est derrière ? L’initiative est menée par le Groupe Parlementaire Populaire d’Aragon, avec à sa tête le porte-parole des Cortes. Le soutien socialiste a été confirmé par la direction régionale du PSOE.
  • Quel impact cela a-t-il ? La commission obligera à convoquer des hauts fonctionnaires et anciens hauts fonctionnaires des gouvernements central et régionaux, et placera le PP dans une position d’offensive institutionnelle qui pourrait être reproduite dans d’autres communautés populaires.

Il Parti populaire a fait un geste ce lundi sur le territoire aragonais. Le Groupe parlementaire populaire des Cortes d’Aragon a officiellement enregistré une demande de commission d’enquête pour clarifier la portée de l’affaire Ábalos – avec ses prétendues « orgies » et détournements de fonds publics – et, contrairement à ce qui est habituel dans un parlement très fragmenté, le PSOE a immédiatement annoncé qu’il la soutiendrait. La décision bouleverse tout le monde : la commission avancera sans les chiffres équitables que beaucoup craignaient, et le PP prend l’initiative sur une question qui dormait depuis des mois au niveau national.

L’enregistrement de la commission intervient 48 heures seulement après que plusieurs médias nationaux ont diffusé de nouvelles révélations sur des paiements via le système Koldo destiné à financer des réunions privées auxquelles aurait participé l’ancien ministre des Transports. La réponse de Gênes ne s’est pas fait attendre : des sources de la direction consultées par Moncloa.com confirment que la décision a été préparée en coordination avec la fédération aragonaise, mais sans le président national, Alberto Nuñez Feijóos’est encore exprimé personnellement.

Les modalités de la commission : délais, comparutions et portée

Le texte enregistré, auquel cette équipe éditoriale a eu accès, établit que la commission doit être constituée dans un délai maximum de quinze jours ouvrables et aura le pouvoir d’exiger des documents et de convoquer toute personne physique ou morale en relation avec les faits instruits. Parmi les noms qui survolent déjà la future liste des apparitions, il y a lui-même José Luis Abalosson ancien conseiller Koldo García Izaguirre et plusieurs hauts fonctionnaires du ministère des Transports au cours de son mandat. La porte est également laissée ouverte pour appeler les membres du gouvernement actuel si la commission le juge pertinent.

Les populaires justifient l’urgence par la « nécessité de clarifier les responsabilités politiques » et de « restaurer la confiance dans les citoyens aragonais après l’utilisation prétendument frauduleuse de fonds qui affectent toute la structure de l’État ». Les sources parlementaires populaires évitent soigneusement de lier la commission à un mouvement organique à Gênes, mais le moment politique est imbattable : le PP gouverne déjà dans onze autonomies et l’Aragonais est l’une des rares localités qui reste aux mains des socialistes après les dernières autonomies.

Le PSOE prend le train et la gauche se retrouve sans arguments

L’annonce de PSOE Le fait qu’il soutiendra la commission a même surpris le banc populaire. La porte-parole socialiste aux Cortés, Mayte Pérez, a justifié ce changement en disant que « rien ne peut être dissimulé » et a assuré que son parti « a toujours été du côté de la transparence ». En privé, des sources socialistes reconnaissent que le risque d’être identifié comme faisant obstacle à une enquête ayant un impact médiatique évident était trop élevé et que la stratégie consiste désormais à contrôler l’affaire au sein même de la commission.

Cette décision laisse les partenaires habituels du gouvernement à Madrid dans une position inconfortable. Junts, ERC et EH Bildu, qui au Congrès se sont montrés réticents à ouvrir une enquête sur le cas d’Ábalos, verront comment, aux Cortes d’Aragon, le PP et le PSOE ont mis de côté leurs divergences pour mettre en lumière une commission qui dérange les partis indépendantistes. « C’est un geste à double tranchant pour la Moncloa », observe un député populaire vétéran en conversation avec ce média. « Ici, ce qui est représenté est le bloc qui a soutenu le gouvernement ces années-là. »

Le PP aragonais, avec prudence, évite de tomber dans le triomphalisme. « Il ne s’agit pas d’un règlement de comptes, mais d’aller au bout », a souligné le porte-parole parlementaire. Cependant, dans les couloirs du parlement régional, on peut déjà entendre le slogan qui décrit l’enregistrement comme « un rebondissement dans le scénario » qui n’était pas prévu dans le calendrier politique.

La commission aragonaise deviendra, en pratique, le premier organe parlementaire bénéficiant du feu vert bipartisan pour enquêter sur un scandale qui touche directement le gouvernement central.

L’Axe du pouvoir populaire

La manœuvre du PP en Aragon transcende la réalité concrète pour devenir un autre chapitre de la stratégie d’usure que Gênes déploie contre l’Exécutif des institutions territoriales. Avec 120 sénateurs et le contrôle des débats dans au moins huit parlements régionaux, le parti a appris à exploiter les outils de contrôle là où le législateur national rend la tâche difficile. La commission aragonaise est, en ce sens, un banc d’essai : si elle fonctionne, d’autres fédérations pourraient reproduire le modèle. La direction populaire, sans le dire ouvertement, envisage avec intérêt la possibilité d’activer des commissions similaires dans des parlements comme celui de Castille-La Manche ou même celui de la Communauté valencienne, tous deux dotés de gouvernements socialistes mais avec une présence populaire suffisante pour imposer des enquêtes.

Lire le mouvement uniquement en termes d’opposition serait cependant un euphémisme. Il PP aragonais Cela envoie également un message interne : la gestion du scandale de l’affaire Ábalos ne peut pas être diluée entre les différends de Gênes avec les barons. La fédération aragonaise, dirigée par un président au profil discret mais influent sur les cadres populaires du territoire, a voulu définir son propre profil sans snober la direction nationale. Et le fait que le PSOE ait rejoint la commission renforce l’argument populaire selon lequel « le constitutionnalisme et la décence institutionnelle doivent être au-dessus des tranchées partisanes », comme le répète souvent Feijóo dans ses interventions.

La lecture à moyen terme est délicate. Si la commission parvient à convoquer l’ancien ministre Ábalos et ses plus proches collaborateurs, le PP pourrait placer le gouvernement de Pedro Sánchez dans un dilemme inconfortable face aux prochaines élections générales. La mémoire de Mallette de cuisine ou bien la commission Cuisine au Congrès est encore fraîche et cela, avec toutes les différences, a fini par éroder la crédibilité du PP dans les mois qui ont précédé la motion de censure de 2018. Cette fois, le parti semble disposé à laisser le prix retomber sur l’adversaire. Des choses qui arrivent en politique.

Le talon d’Achille du plan, admettent des sources génoises, est le calendrier. La commission débutera en plein été, période pendant laquelle les apparitions perdent du pouvoir médiatique. En outre, la législature aragonaise affronte ses deux dernières années et les socialistes pourraient tenter de retarder les travaux afin que l’usure se répartisse dans les deux sens. L’inconnue est de savoir si le PP sera capable de maintenir la tension politique jusqu’à l’automne, lorsque le cycle électoral sera à nouveau réactivé. S’il réussit, le jeu en aura valu la peine.

🏛️ La Note de Gênes

  • Message fort : «Le PP défend la transparence et les institutions là où se produisent les abus, même lorsque le PSOE tarde à réagir. La Commission Aragón est l’exemple selon lequel la force du constitutionnalisme l’emporte sur les pactes de silence.
  • Protagoniste: Groupe parlementaire populaire des Cortes d’Aragon (initiateur de la commission), avec le soutien tactique d’Alberto Núñez Feijóo (président national du PP) de Gênes.
  • Prochaine étape : Constitution formelle de la commission, prévue pour la première quinzaine de juin, et première série de comparutions au cours desquelles est attendue la convocation de l’ancien ministre José Luis Ábalos.