Le pacte PP-Vox en Castilla y León transfère à la communauté les formules déjà appliquées en Aragon et en Estrémadure : priorité nationale en matière d’immigration, en réduisant les subventions aux syndicats et en augmentant le poids du secteur privé dans la gestion forestière.
Que comprend le pacte et quel est l’argument de Vox ?
Le président par intérim du Conseil d’Administration et candidat du Parti Populaire, Alfonso Fernández Mañuecoa présenté l’accord après près de 90 jours de dialogue depuis les élections régionales du 17 mai. La séance d’investiture a été convoquée le 9 juin dernier, avec un exécutif de deux vice-présidences et dix conseils. Le texte comporte 19 axes et 324 mesures répartis sur 62 pages, avec le mot « stabilité » comme axe récurrent. Pour Vox, l’accord fait de Castilla y León un nouveau laboratoire de son agenda territorial.
Le premier point du volet immigration est clair : « Fini les mineurs étrangers non accompagnés. Rejet frontal de la politique d’immigration du gouvernement central. Le document comprend la vérification de l’âge, l’élimination des subventions qui favorisent « l’immigration clandestine » et l’interdiction de burqa et le niqab dans les espaces publics. La soi-disant « priorité nationale » devient la clause phare pour ordonner l’accès à l’aide sociale.
Vox assume trois ministères : le nouveau de Déréglementation, aide familiale et socialeavec des compétences en matière d’immigration, de jeunesse et de coopération au développement ; Agriculture, élevage, environnement rural et politique environnementale ; et Culture, Tourisme et Sports. L’accord se réserve à Carlos Pollán une des deux vice-présidences. Mañueco a justifié la mesure d’immigration par des chiffres précis : « Nous sommes au-dessus de nos capacités, nous avons 130 places et 186 mineurs non accompagnés ».
L’accord passe également sous silence les références à l’avortement, aux violences de genre et aux droits LGTBIQ+, des questions qui figuraient effectivement dans l’accord de 2022. Le texte se limite à collecter des crédits d’impôt et des aides aux victimes de violences faites aux femmes. Pour Vox, l’absence de ces points montre que leur présence dans le gouvernement autonome met fin aux impositions idéologiques de la gauche.
Le pacte ne se contente pas de répéter les clauses d’Aragon et d’Estrémadure : il place Vox dans des zones avec un réel contrôle pour déployer son agenda au cours des quatre prochaines années.
Les réactions des syndicats et des organisations sociales
Les syndicats et les organisations sociales ont réagi durement. Le secrétaire général de l’UGT, Oscar Loboa dénoncé la création d’un ‘faux problème’ d’immigration dans l’un des territoires les plus dépeuplés de l’Union européenne et a prévenu qu’il aurait recours aux tribunaux si les subventions syndicales étaient supprimées. La justice a déjà contraint le Conseil à revenir sur cette mesure après l’accord de 2022, selon le syndicat.
La partie incendie suscite également des doutes. La section sur la protection civile et les urgences engage une « collaboration public-privé » pour le nettoyage, l’entretien et le repeuplement des forêts, un point qui s’éloigne de l’opération 100% publique qu’exigeaient les associations de pompiers forestiers après les incendies qui ont dévasté près de 172 000 hectares en Castille-et-León l’été dernier. La prévention reste entre les mains du Parti populaire, tandis que Vox assume le ministère de la Politique environnementale avec une charge plus politique.
Les organisations sociales consultées par El Salto accusent le futur gouvernement d’être plus à l’écoute de Génova que des citoyens de Castilla y León. Les critiques soulignent la littéralité des formules importées d’Aragon et d’Estrémadure, une réplique exacte qui, pour les syndicats, porte atteinte à la légitimité locale du pacte.
La stratégie de Vox et la lecture du conseil régional
Vox consolide en Castille-et-León un modèle de pactes qui fonctionne déjà en Aragon et en Estrémadure. La formule permet aux dirigeants nationaux de présenter des accords de gouvernement stables sans abandonner leurs drapeaux : immigration, déréglementation et contrôle des dépenses politiques. Le leader de Vox en Andalousie, Manuel Gaviraa célébré le « magnifique accord » et a averti que « l’Andalousie ne peut pas être moins ». Une affirmation qui confirme la vocation expansive du modèle.
Pour le Parti populaire, l’accord a un coût politique évident : il cède des pouvoirs sensibles à Vox et assume un agenda que les syndicats attribuent à Gênes. Pour Vox, la lecture est différente : sans entrer dans le gouvernement espagnol, la formation marque le passage des gouvernements autonomes de centre-droit. Le précédent de 2022, dissous au bout de deux ans, oblige les deux directions à démontrer que cette fois l’accord n’est pas seulement une somme arithmétique.






