Le baril de Brent a touché ce mardi 110 dollars et le West Texas Intermediate, la référence américaine, dépasse les 106. Derrière cela, il n’y a pas un seul déclencheur : l’interruption des expéditions saoudiennes, les coupes dans trois gisements libyens et la menace iranienne sur le détroit d’Ormuz ont coupé l’offre du marché au moment même où la Chine achète à nouveau du pétrole brut avec appétit.
Retour de la Chine sur le marché : réserves élevées, raffinage à l’extrême
La Chine, premier importateur mondial de pétrole brut, a amorti la phase initiale du choc en consommant ses stocks. Au deuxième trimestre, elle a importé en moyenne 8,1 millions de barils par jour, soit 32 % de moins qu’entre janvier et mars, selon l’Energy Information Administration (EIA) des États-Unis. Maintenant, la dynamique change : en août, les achats chinois ont augmenté de 6,2 % par rapport à juillet, jusqu’à neuf millions de barils par jour, selon les données douanières collectées par l’ICIS. Le retour de la Chine intervient au moment même où l’offre mondiale est déjà affectée.
Le plus grand importateur ne se contente pas d’acheter à nouveau : ses raffineries traitent plus de pétrole brut qu’elles n’en reçoivent. En août, ils ont traité 13,91 millions de barils par jour, tandis que les importations et la production nationale ont totalisé 13,27 millions. La différence, d’environ 640 000 barils par jour, provient des stocks, selon Reuters. Pékin ne retire plus la demande du marché mondial.
Les perturbations au Moyen-Orient ne se limitent pas à une seule route. L’Arabie saoudite a suspendu ses livraisons et son pipeline Est-Ouest, un itinéraire conçu pour contourner Ormuz, a été désactivé. À cela s’ajoutent les menaces des Houthis de faire du trafic via Bab el Mandeb et la pression des Gardiens de la révolution iraniens sur Ormuz. Ces trois éléments expliquent la prime de prix géopolitique.
L’analyste énergétique David Blackmon résume la logique : « Les prix du pétrole resteront probablement élevés, quelles que soient les actions de la Chine, jusqu’à ce qu’au moins une des trois principales contraintes d’approvisionnement au Moyen-Orient soit résolue. » Les limiteurs sont justement la route saoudienne, Bab el Mandeb et Ormuz. L’expression ne concerne pas le drame, mais les mathématiques du flux.
Le diesel au record : pourquoi le goulot d’étranglement se situe dans les raffineries
Dans USAles raffineries ont fonctionné à 97,6 % de leur capacité au cours de la semaine se terminant le 4 septembre. Le diesel routier a atteint un niveau record de 6,285 $ le gallon la semaine suivante. Le goulot d’étranglement ne réside plus seulement dans le puits, mais également dans la raffinerie. Stuart Turley, président de Sandstone Group, l’explique avec une phrase acerbe : « Le pétrole brut trouve toujours une issue ; les raffineries sont construites en plusieurs décennies.
Le pétrole est un marché mondial : les tensions d’Ormuz se paient à chaque pompe.
La hausse du pétrole brut a un canal direct vers l’Espagne. Le pays importe la quasi-totalité des hydrocarbures qu’il consomme et le Brent est la référence qui fixe les coûts de raffinage européens. Le diesel et l’essence à la pompe espagnole circulent avec le Brent, pas avec le WTI. La facture énergétique espagnole augmente inévitablement.
Les entreprises espagnoles, de la logistique à l’aviation, remarquent l’augmentation des prix avant que l’IPC ne la confirme. Repsolqui possède des raffineries sur la péninsule, peut compenser une partie de l’augmentation par des marges de raffinage plus élevées, mais le transporteur ne dispose pas de ce coussin dans ce cycle. Madrid et Bruxelles suivent l’évolution sans outils immédiats pour fixer le prix du pétrole brut.
Le retour de la Chine ajoute de la pression, mais révèle également une asymétrie. Alors que Pékin dispose d’une réserve estimée à 1,5 milliard de barils, l’Union européenne ne dispose pas d’un coussin stratégique comparable. Les réserves mondiales ont chuté d’environ 3,1 millions de barils par jour en août, leur plus bas niveau depuis 2023, et USA a puisé dans sa réserve stratégique pendant le conflit.
Logique de Washington
Washington ne voit pas cette tension comme une catastrophe : il y voit une validation de sa doctrine énergétique. USA s’est consolidé comme le premier producteur mondial de pétrole brut et le Parti républicain comprend que chaque baril supplémentaire produit au Texas ou au Nouveau-Mexique réduit la marge de manœuvre des producteurs hostiles. La citation de James Taylorprésident du Heartland Institute, est explicite : « Le retour de la Chine démontre pourquoi les décideurs américains doivent s’assurer qu’il n’y a pas d’obstacles à la production pétrolière américaine. » Il ne s’agit pas de s’isoler du marché : il s’agit pour l’économie américaine de profiter des bénéfices des prix élevés.
Cette politique a un précédent historique clair. Après l’embargo pétrolier de 1973, Washington a constitué la Réserve Stratégique et a opté pour la déréglementation du secteur. Quatre décennies plus tard, la révolution de la fracturation hydraulique a transformé ce pari en production. En 2026, la Maison Blanche considère toute crise d’approvisionnement comme un argument pour accélérer les permis et éviter les plafonds de production.
Pour l’Espagne, la lecture est plus froide. La facture énergétique augmente, le carburant devient plus cher et l’inflation pourrait trouver un nouvel élan. La prochaine fenêtre de tension ne concerne pas seulement Ormuz : elle concerne la maintenance programmée des raffineries aux États-Unis et les données d’inventaire hebdomadaires de l’EIA. Si une grande raffinerie s’arrête, le diesel montera encore d’un cran dans tout l’hémisphère. Cela change tout.
Dossier
- Le cas : Le retour de la Chine sur le marché et la perturbation du pétrole brut au Moyen-Orient font monter le Brent jusqu’à 110 dollars et rendent l’énergie plus chère en Europe.
- Données clés : Brent autour de 109 $, WTI au-dessus de 106 ; Le diesel routier américain à un prix record de 6,285 $ le gallon ; Raffineries américaines à 97,6 % de leur capacité ; réserves mondiales avec une baisse de 3,1 millions de barils par jour en août.
- Pour l’Espagne : Importateur structurel de pétrole brut, l’Espagne est confrontée à une augmentation des coûts énergétiques qui se reflète dans les carburants et les chaînes logistiques.






