Le Pen se présente comme une porte de sortie des troubles en France et promet de mettre fin à « des décennies d’immigration anarchique »

Thibault Delacroix

Marine Le Pen a fait des émeutes en France son tremplin vers l’Elysée : il promet de mettre fin à « des décennies d’immigration anarchique ».

Ce qui avait commencé comme une protestation contre la vie chère et les revendications des étudiants s’est terminé le week-end des 17 et 18 octobre avec des bâtiments historiques incendiés, des commerces pillés et des civils attaqués dans plusieurs villes françaises. Sur nombre de ces images, des drapeaux palestiniens apparaissaient. Lundi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé des couvre-feux obligatoires dans les zones touchées et a assuré que l’Exécutif est « absolument déterminé à rétablir l’ordre ».

De la protestation contre la vie chère au couvre-feu : la nuit qui a réorganisé la politique française

Le Ministre de l’Intérieur, Laurent Nuneza mis dimanche son poste à la disposition du président. Emmanuel Macron Il a rejeté la démission et lui a ordonné de mettre en œuvre de nouvelles méthodes opérationnelles au ministère de l’Intérieur, en plus de garantir « la transparence sur les échecs de la planification et des renseignements » qui ont précédé les violences. La dimension du débordement est numérique : les services secrets ont calculé un 200 000 personnes mobilisées; Environ 500 000 sont apparus.

« Dans certaines grandes villes, samedi, on ne pouvait pas regarder les commerçants dans les yeux après le pillage de centaines de magasins et leur dire que nous n’avions pas perdu le contrôle », a admis Nunez. « Vu les dégâts causés, la bonne chose à faire était de démissionner. »

La réponse politique a précédé la réponse policière. Le Pen Elle est apparue dimanche avec une apparence présidentielle : assise derrière une table en bois et avec un drapeau français sur le dos. Il s’en est pris aux « politiques macronistes toxiques » qui, selon lui, ont couvé le désordre, et les députés de Jean-Luc Mélenchon pour « légitimer la violence ». Il a demandé aux Français de « tenir encore quelques mois » et a réitéré sa promesse habituelle : mettre fin à « des décennies d’immigration anarchique, dont chacun voit désormais les conséquences dans tous les domaines ».

Les sondages accompagnent le geste. Groupe national domine les intentions de vote et, si les élections avaient lieu aujourd’hui, Le Pen serait là 34%bien devant les 16 % de Mélenchon. Tsiporah Fried, chercheuse à l’Hudson Institute, l’a décrit ainsi : « Vous capturez l’instant présent parce que tout le reste sera oublié ; « La question de l’ordre devient une priorité. »

Le désordre des rues a décidé d’une élection en 1968 et pourrait en décider une autre en 2027 : celui qui parviendra le premier à rétablir l’ordre gagnera.

Plus loin dans les sondages, Éric Zemmour (Reconquista, environ 4% et septième) a profité du week-end pour racialiser le conflit. « Le grand remplacement n’est pas une théorie, c’est un fait », a-t-il déclaré sur La Chaîne Info, avant de décrire les émeutes comme le visage d’une guerre raciale. Le député de La Francia Insumisa Antoine Léaument a annoncé une plainte au parquet pour « déclarations racistes ». Le parti de Mélenchon s’est associé aux manifestations il y a quelques semaines et ce geste l’a isolé du reste des partis.

L’écho américain : Trump, Vance et une campagne qui se décide en novembre

De Washington, Donald Trump Il n’a pas mentionné le nom de Le Pen, mais il a fait le travail à sa place. «Les migrants ont envahi la France. « Ils doivent FERMER LES FRONTIÈRES MAINTENANT », a-t-il écrit lundi sur les réseaux sociaux. Devant la presse, il est allé plus loin: il a déclaré qu’il avait déjà prévenu Macron que « ce qui se passe en France a à voir avec l’immigration, pas avec les écoles, ni avec quoi que ce soit d’autre » et que Paris « va être très bientôt une ville musulmane ». Son diagnostic : « Ils laissent entrer dans leur pays des gens qui n’aiment pas leur pays. Ils n’aiment pas leurs bâtiments. « Ils n’aiment pas leur art. »

Le vice-président J.D. Vance a affiné le cadre doctrinal : « les libéraux occidentaux ont importé le tiers-monde en France et dans d’autres pays au nom de la diversité et de la compassion » et ont négligé « les questions fondamentales d’assimilation et de compatibilité ». Il a conclu avec la destination intérieure du message : « J’espère que les Américains sont attentifs. C’est l’avenir que les démocrates du Congrès souhaitent pour votre pays. Ce n’est pas de la solidarité avec Paris. C’est une campagne.

Logique de Washington

La logique de la Maison Blanche n’est pas française, elle est américaine. Trump construit sa coalition depuis une décennie avec l’immigration comme axe, et le désordre européen sert de preuve documentaire à son électorat. Le précédent exact n’est pas non plus européen : c’est le Richard Nixon en 1968, lorsque le la loi et l’ordre (la loi et l’ordre comme slogan) a transformé la peur du désordre dans la rue en une majorité silencieuse. La différence, c’est le calendrier : puis il y a eu un calendrier présidentiel ; Or, il y a des élections législatives le 3 novembre 2026, dans deux semaines, et le message de Vance ne voyage pas à Paris, il voyage en Pennsylvanie et au Michigan.

Pour l’Espagne, le bruit français entre par trois portes. Le commercial : la France est le premier client des exportations espagnoles, avec environ un sixième du total, et tout ralentissement de la consommation française se remarque dans les échanges bilatéraux. L’entreprise : Inditex Elle possède l’un de ses marchés de référence en France, Abertis —participé par Ferrovial et ACS— contrôle le réseau autoroutier de la Sanef et Cellnex exploite plusieurs milliers de sites téléphoniques. Tourisme : La France est l’une des principales sources de visiteurs en Espagne. À cela s’ajoute le corridor d’Irun, le passage de marchandises le plus fréquenté de la frontière.

D’un point de vue politique, les formations qui placent l’immigration au centre de leur agenda —Voix de manière notable : ils disposent désormais d’un argumentaire européen de haut niveau pour illustrer leur argument, tandis que le reste de l’arc parlementaire se mesure sur un terrain qui n’est plus secondaire. La projection est double. En France, le premier tour est fixé au 18 avril 2027 et le second au 2 mai. Aux États-Unis, les élections législatives du 3 novembre détermineront le poids que conservera le cadre d’assimilation. La question est de savoir si l’ordre reste un problème jusqu’en avril 2027 ou si le coût de la vie, qui a déclenché les manifestations, redevient au centre du débat.

Dossier

  • Le cas : Les émeutes des 17 et 18 octobre en France ont fait de Marine Le Pen leur principale bénéficiaire politique et ont donné à Trump et Vance un argument de campagne à deux semaines des élections législatives américaines.
  • Données clés : 500 000 manifestants contre 200 000 prévus par les services secrets ; Le Pen à 34% et Mélenchon à 16% ; des couvre-feux dans les zones touchées ; première manche française le 18 avril 2027 et deuxième le 2 mai.
  • Pour l’Espagne : La France est le premier client des exportations espagnoles et le corridor d’Irun est le passage de marchandises le plus fréquenté à la frontière ; Inditex, Abertis et Cellnex sont directement exposés, et le débat espagnol sur l’immigration acquiert une référence continentale.