Javier Milei débarque cette semaine en Espagne avec une diplomatie brisée et des milliards d’euros espagnols en jeu en Argentine.
Le voyage a été confirmé par le gouvernement argentin et est récupéré Clairon dans son suivi quotidien de l’activité présidentielle. Il arrive juste après sa tournée en Washington et en pleine bagarre verbale avec la gauche européenne. L’ordre du jour officiel ne détaille aucune réunion pour l’instant. avec l’exécutif de Pedro Sánchez.
Il convient de rappeler le calendrier. Il y a quelques heures, Milei lui-même est revenu sur son discours Davos de 2024 – celui dans lequel il avertissait que « l’Occident est en danger » – pour reprocher aux analystes qui le critiquaient alors. Ce cadre mental, la bataille culturelle contre le « socialisme », ordonne sa relation avec Madrid depuis deux ans maintenant.
Ce que l’on sait du voyage et ce qui ne figure pas à l’ordre du jour
La confirmation arrive sans feuille de route publique. Aucune rencontre n’est annoncée pour l’instant avec le gouvernement espagnol, et L’ambassade d’Espagne à Buenos Aires n’a toujours pas d’ambassadeur depuis la crise de mai 2024. Tout geste institutionnel dans les prochains jours devra se lire dans ce vide.
Pendant ce temps, l’intérêt espagnol pour l’Argentine porte des noms spécifiques : Repsolavec présence dans les gisements de Vaca Muerta ; BBVA et Santanderavec des filiales bancaires ; Mapfré en assurance; Mélia et N.H. en hospitalité; Ibérie et Air Europe en connectivité. L’Espagne est l’un des premiers investisseurs étrangers du paysune position construite sur trois décennies.
Toutefois, le pouls n’est pas économique mais politique. Milei a fait de l’Espagne une vitrine : en mai 2024, la convention de Voix et un mois plus tard, il récupérait la Médaille Internationale de la Communauté de Madrid des mains de Isabel Díaz Ayusoen l’absence du gouvernement central. La réponse de l’Exécutif a été d’appeler son ambassadrice pour des consultations et de la laisser ensuite à Madrid, sans retourner à son poste.
Pour Milei, l’Espagne est à la fois la vitrine de son combat culturel et l’un des principaux investisseurs étrangers en Argentine.
Quel est l’enjeu en Espagne de cette visite ?
Le premier intérêt est commercial, mais surtout réglementaire. L’accord entre le Union européenne et le Mercosurpolitiquement fermé en décembre 2024 et en attente de ratification, ouvrirait un marché de plus de 700 millions de consommateurs à l’agro-industrie et à l’industrie espagnoles. L’Espagne a été l’un des gouvernements qui ont le plus poussé ce texteface à la résistance de France et Italie.
Une bonne harmonie avec Buenos Aires facilite cette ratification ; Un choc permanent complique les choses. Et là, le voyage de cette semaine pèse plus qu’il n’y paraît : Chaque geste diplomatique se traduit par un soutien politique aux filiales espagnoles.
En volume, le commerce bilatéral est modeste. L’Espagne vend des biens industriels, pharmaceutiques et de consommation et importe principalement des produits agricoles et de l’énergie. La vraie valeur est dans les filiales, pas dans la facture douanière. C’est pourquoi les visites présidentielles se mesurent en contrats et non en déclarations.
Le deuxième intérêt est la protection des investissements. Chaque fois que l’Argentine change de cap, les entreprises espagnoles recalculent le risque pays …la prime qu’ils exigent pour opérer dans un environnement instable. Avec l’arrivée de Milei à la Casa Rosada, beaucoup ont respiré : il a promis la déréglementation, l’ouverture et un excédent budgétaire. Trois ans plus tard, les perspectives sont plus sombres.
L’inflation mensuelle, qui a dépassé les 25% en décembre 2023 selon le INDÉCs’est modéré, mais l’activité n’a pas encore démarré et le front extérieur continue de conditionner la Banque centrale. Le cycle politique argentin est court et les décisions d’investissement sont longues.
Il existe un troisième canal, moins évoqué et très rémunérateur : le tourisme. L’Argentine est l’un des marchés d’envoi les plus importants pour l’Espagne en dehors de l’Union européenne, et des milliers d’Argentins demandent chaque année la nationalité par filiation. Ce lien humain est celui qui résiste le mieux à la colère diplomatique.
Un pouls qui vient de loin et qui coûte déjà de l’argent
Ce n’est pas la première fois qu’une visite présidentielle argentine à Madrid se termine par une crise. Mais le précédent le plus coûteux ne réside pas dans la diplomatie, mais dans les bilans. En avril 2012, le gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner exproprié 51% de YPF à Repsol et a laissé l’entreprise espagnole sans l’un de ses principaux actifs.
Il a fallu deux ans à la compagnie pétrolière pour se mettre d’accord sur une compensation en obligations et plusieurs années supplémentaires pour la convertir en espèces. La leçon a été enregistrée dans le monde des affaires espagnol : en Argentine, le cadre juridique pèse autant que le gouvernement au pouvoir.
La différence avec le kirchnérisme est une question de style. Milei n’exproprie pas : il déréglemente, coupe et promet un pays différent. Mais la volatilité du cycle a le même effet sur ceux qui doivent décider d’un investissement à dix ans. L’Espagne a plus besoin de l’Argentine qu’elle ne le reconnaîtet l’Argentine a plus besoin des capitaux espagnols qu’elle ne l’admet publiquement.
Ce qui se passe cette semaine en dira peu sur l’idéologie du président argentin et en dira beaucoup sur la capacité de l’Espagne à maintenir ses canaux ouverts. Trois choses doivent être respectées : s’il y a des contacts avec La Moncloa, si la visite comprend des rencontres avec des hommes d’affaires et si le calendrier de ratification de l’accord avec le Mercosur avance avant la fin de l’année.
📌 Dossier
- Dossier : Le gouvernement de Javier Milei confirme un voyage en Espagne cette semaine, après sa tournée à Washington et en plein conflit avec la gauche européenne.
- Informations importantes : L’ambassade d’Espagne à Buenos Aires reste sans propriétaire depuis mai 2024 ; L’accord UE-Mercosur a été politiquement clôturé en décembre 2024 et attend sa ratification.
- Résumé: L’Espagne risque de bénéficier d’un soutien politique à ses entreprises en Argentine et d’un poids dans la ratification de l’accord avec le Mercosur, alors que la relation institutionnelle est toujours rompue.






