Elma Saiz réfute le PP et protège la viabilité des retraites publiques

Thibault Delacroix

EN 30 SECONDES

  • Que s’est-il passé ? La ministre Elma Saiz a répondu ce mercredi à la porte-parole parlementaire du PP, Ester Muñoz, que le système public « va s’effondrer », avec une question publiée sur le réseau social X : « Voulez-vous les supprimer ? ».
  • Qui est derrière ? Le ministère de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations lance le message en pleine offensive populaire contre le modèle, Ferraz et le Groupe parlementaire socialiste déployant des arguments.
  • Quel impact cela a-t-il ? La revalorisation annuelle avec l’IPC reste au centre du débat quelques semaines après que le Gouvernement a fixé la hausse qui sera appliquée en 2027.

Ce mercredi, le Gouvernement a mis la viabilité des retraites publiques à l’abri du diagnostic d’effondrement posé par le Parti Populaire.

Le ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saïzs’est prononcé contre les déclarations du porte-parole parlementaire du PP, Ester Muñozavec une question directe : ‘Voulez-vous les couper ?’. Le leader populaire avait assuré mardi que le système « tel qu’il est actuellement va s’effondrer », avait anticipé que « le modèle devait être changé » et avait soutenu qu’il fallait « être courageux dans la prise de décisions ».

De l’avertissement d’effondrement à 0,25% déjà appliqué en Espagne

Le diagnostic d’effondrement n’est pas nouveau. C’est le même argument qui a accompagné, entre 2014 et 2018, l’application de l’indice de réévaluation annuel (IRP), un mécanisme qui séparait l’augmentation des retraites de l’IPC et qui, en plusieurs années, a laissé l’augmentation des pensions 0,25%. Le résultat est dans les recettes : perte de pouvoir d’achat année après année alors que le système, disaient-ils, n’était pas viable.

La réponse est venue en décembre 2021, lorsque le Congrès a approuvé la loi qui garantit le pouvoir d’achat des retraites et lie la revalorisation à l’IPC. Depuis lors, pas de prestation contributive a perdu sa capacité d’achat à cause de la décision du gouvernement. Les données sont publiées chaque mois sur le portail de la Sécurité sociale, ainsi que la masse salariale du système et l’évolution des affiliations.

Le système contient environ 9,2 millions de pensions contributivesqui touchent plus de neuf millions de personnes, avec une masse salariale mensuelle d’environ 13 milliards d’euros. À cela s’ajoute le Mécanisme d’équité intergénérationnelle (MEI), en vigueur depuis 2023, qui reconstitue une nouvelle fois le Fonds de réserve – la tirelire des retraites – après qu’il soit passé de 66 milliards d’euros en 2011 à des niveaux minimaux à la fin de la dernière décennie.

Celui qui annonce l’effondrement ne détaille jamais la coupe qu’il propose : c’est le seul point du programme que le PP n’ose pas écrire.

La question de Saiz est inconfortable pour cette raison. Si le PP a un modèle alternatif, il dispose d’un moyen immédiat pour le défendre : l’enregistrer comme projet de loi au Congrès et le soumettre au vote. Les sources parlementaires socialistes le formulent sans ambages : « s’ils veulent vraiment changer de modèle, ils devraient l’écrire et voter pour lui ». Pour l’heure, cette réforme reste sans texte public connu.

Le coût territorial que le PP n’a pas encore mesuré

Les retraites constituent le programme social le plus important du pays et constituent également une géographie électorale. Les communautés où le poids des allocataires par rapport à la population totale est le plus élevé – Asturies, Galice, Castille-et-León, Castille-La Manche et Estrémadure – concentrent des millions d’électeurs dont le panier dépend de la revalorisation de janvier. Castille-La Manche et Asturiesrégis par le PSOE, sont parmi les plus exposés au vieillissement.

A cela s’ajoute un détail inconfortable pour Gênes. Une bonne partie des territoires avec la plus forte proportion de population âgée sont régis par le PP, et là l’augmentation ne se décide pas dans la communauté, mais elle est perceptible dans les pharmacies, les bars et les caisses d’épargne rurales. Expliquer dans ces endroits ce que signifie « changer de modèle » ne sera pas facile.

L’Axe du pouvoir socialiste

À Ferraz, personne ne considère ce moment comme une coïncidence. Le départ de Saiz intervient au moment où le gouvernement prépare la réévaluation qui sera appliquée en 2027, calculée avec l’IPC interannuel de novembre, et au moment où le Pacte de Tolède reprend de l’importance dans le récit politique. L’argument socialiste est bien connu : la durabilité ne se défend pas en réduisant, mais en contribuant, en créant des emplois et en garantissant des revenus. Le premier vice-président et secrétaire général adjoint, Maria Jésus Monteroa répété au Congrès que la protection sociale est la priorité budgétaire de l’Exécutif, et le Groupe parlementaire socialiste véhicule cette idée à chaque comparution.

La lecture interne ajoute des nuances. Les barons socialistes savent que le vote des personnes âgées a du poids sur leurs territoires. Emiliano García-Page a fait de la défense des retraites une constante en Castille-La Manche, et Adrien Barbon place le vieillissement des Asturies au centre de son agenda. Personne ne veut que le débat débouche sur une bagarre pour la tirelire ; Ils préfèrent parler de revenus, d’emploi et d’affiliation. C’est là toute la différence avec le PP, qui met une fois de plus l’accent sur les dépenses.

Le précédent le plus utile pour mesurer les enjeux est le Pacte de Tolède. L’accord qui soutient le système depuis 1995 a été renouvelé par consensus et, en 2020, le PP a soutenu le rapport de la commission parlementaire qui prône le maintien du pouvoir d’achat des retraites. Réouvrir cette fissure par des coupes budgétaires constituerait un changement majeur dans la politique espagnole.

Le coût ne serait pas payé par le Gouvernement : il serait payé par celui qui collecte à la fin du mois. Le calendrier est également serré. L’Exécutif doit fixer l’augmentation pour 2027 avec l’IPC de novembre, et la prochaine session de contrôle au Congrès mesurera une fois de plus la distance entre les deux modèles.

🌹La note de Ferraz

  • Message fort : La pérennité du système ne se défend pas en réduisant les prestations, mais en garantissant l’emploi, les cotisations et une revalorisation protégée par la loi.
  • Protagoniste: Elma Saiz (Ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations).
  • Prochaine étape : Fixation de la revalorisation des retraites pour 2027 sur la base de l’IPC interannuel de novembre.