Bolaños accuse le CGPJ de garantir « l’impunité » au juge Peinado et dépose un nouveau recours

Thibault Delacroix

EN 30 SECONDES

  • Que s’est-il passé ? Félix Bolaños a déposé un nouveau recours devant le CGPJ après que celui-ci lui ait refusé une copie complète du dossier de ses plaintes contre le juge Juan Carlos Peinado.
  • Qui est derrière ? Le ministre de la Présidence, de la Justice et des Relations avec la justice, qui accuse le Conseil d’avoir prolongé le traitement de sa plainte et de classer le dossier avec « une urgence soudaine » pour garantir « l’impunité » du magistrat.
  • Quel impact cela a-t-il ? Les tensions entre le gouvernement et le corps dirigeant des juges s’intensifient, en plein compte à rebours jusqu’à la retraite de Peinado, qui a lieu cette semaine.

Bolaños a déposé un nouveau recours devant le CGPJ après que celui-ci lui ait refusé l’intégralité du dossier de ses plaintes contre le juge Peinado. La lettre, adressée à la commission permanente du corps dirigeant des juges, affirme que le Conseil a retardé le traitement de sa plainte et résolu son dossier final avec « une urgence soudaine » pour favoriser « l’impunité » du magistrat, qui prend sa retraite cette semaine.

La décision du ministre intervient après que le CGPJ a rejeté mardi dernier le recours contre le dépôt de ses plaintes et a définitivement classé le dossier. Bolaños n’est pas resté immobile. Des sources de son ministère consultées par ce biais soulignent que le chef de la Justice épuise la voie administrative avant d’envisager toute autre démarche.

Pourquoi Bolaños demande désormais une copie complète du dossier

La finalité de la nouvelle écriture est concrète et, sur le papier, bien plus technique que politique. Bolaños exige du CGPJ une copie complète de son dossier, un document que l’autorité disciplinaire du Conseil lui refuse. Sans ce dossier complet, défend le ministre, il est impossible de connaître en détail les arguments avec lesquels le dossier a été tranché ou de préparer les mouvements suivants avec des garanties.

C’est le refus du Conseil de remettre cette copie qui a rallumé la mèche. Dans la lettre, le ministre accuse l’organisme d’avoir délibérément retardé le traitement et d’avoir résolu le problème avec une « urgence soudaine » alors que la retraite de Peinado était déjà en vue. Selon lui, cette séquence n’est pas une coïncidence : d’abord la procédure est autorisée à se dérouler, puis elle est brusquement close, au moment même où le magistrat est sur le point d’abandonner la carrière judiciaire.

Il convient de rappeler d’où vient tout cela. Les plaintes de Bolaños font référence aux actions de Peinado lorsqu’il a été interrogé comme témoin concernant le contrat de Cristina Álvarez, la conseillère de Begoña Gómez. Le ministre a alors estimé que la manière de conduire l’interrogatoire allait au-delà de ce qui pouvait être exigé d’un instructeur et a porté ce fait à la connaissance du collège des juges.

Lorsque le dossier final coïncide avec le départ à la retraite de la personne mise en examen, la question du calendrier cesse d’être un détail formel et devient le fond du problème.

Le Conseil général du pouvoir judiciaire, pour sa part, a défendu la régularité de ses actions et soutient que ses décisions sont conformes aux règles disciplinaires. L’organisme n’a pas évalué publiquement, pour l’instant, ce dernier recours.

Une impulsion qui va au-delà du cas Peinado

Ces dernières années, les relations entre le ministère de la Présidence, de la Justice et des Relations avec les tribunaux et le Conseil général de la magistrature ont été tout sauf placides. L’échange d’écrits, de demandes et de refus a accompagné une bonne partie du corps législatif. Le chapitre Peinado n’est que l’épisode le plus récent d’un désaccord plus long.

La réponse de l’opposition ne s’est pas fait attendre. Le PP et Vox se sont prononcés pour défendre l’indépendance de l’organisme et présentent le recours comme une nouvelle tentative de l’exécutif de faire pression sur la carrière judiciaire. L’argumentation socialiste est différente : il s’agit d’exiger la transparence et que les décisions disciplinaires soient expliquées avec le dossier complet sur la table.

L’affaire a également un dérivé institutionnel qui intéresse les deux parties. Le renouvellement du CGPJ et le débat sur son fonctionnement font la une des journaux depuis des mois. Chaque nouvel affrontement entre le gouvernement et le corps rouvre le débat sur la manière de répartir le poids entre les pouvoirs exécutif et judiciaire sans enfreindre les règles du jeu.

L’Axe du pouvoir socialiste

Au sein de la direction socialiste, le mouvement de Bolaños est interprété comme une question de défense institutionnelle et non comme une opération tactique. À Ferraz, on souligne que le ministre est la première personne intéressée à garantir que les décisions judiciaires soient prises avec toutes les garanties et avec le maximum d’information. Ils ajoutent une nuance à ne pas perdre de vue : le recours est dirigé par la voie administrative, sans remettre en cause fondamentalement l’indépendance des tribunaux.

L’atterrissage territorial de cette impulsion est moins visible qu’il n’y paraît. Les gouvernements régionaux et les grandes municipalités socialistes réclament depuis longtemps un fonctionnement prévisible de l’administration de la justice, notamment dans les domaines qui les concernent directement, comme les violences de genre, les expulsions ou la prise en charge des victimes. Un affrontement prolongé entre le ministère et le CGPJ finit par faire du bruit dans leurs dossiers.

La lecture de fond nous amène à un précédent connu. Chaque fois que le PSOE et le corps dirigeant des juges ont échangé des accusations, le débat a fini par tourner autour de la même chose : qui surveille qui et avec quelle transparence ce contrôle est exercé. La différence maintenant, c’est le calendrier. La retraite de Peinado clôt une étape et laisse ouvertes des questions sur la façon dont l’affaire aurait été résolue avec plus de temps. Le prochain épisode sera consacré à la réponse du Conseil aux nouveaux écrits, qui n’ont pas encore de date publique.

🌹La note de Ferraz

  • Message fort : Transparence et rigueur institutionnelle : le Gouvernement exige que le Conseil explique ses dossiers avec le dossier complet sur la table.
  • Protagoniste: Félix Bolaños (Ministre de la Présidence, de la Justice et des Relations avec les Tribunaux).
  • Prochaine étape : Réponse de la commission permanente du CGPJ au nouveau recours, en attente de date.