Pedro Sánchez voit l’« État profond » qui entoure son gouvernement : la Cour suprême, le CNI, la police et la garde civile

Thibault Delacroix

Le gouvernement de Pedro Sánchez perçoit un siège institutionnel que des ministres tels que Oscar Puente et Oscar López. Ce qui au début de la législature était une opinion minoritaire est devenu une lecture partagée au sein de l’Exécutif.

Selon les informations publiées ce dimanche par El País, l’idée selon laquelle des secteurs de ce qu’on appelle état profond Des actes contre le gouvernement ont commencé à circuler tranquillement parmi certains ministres. Au fil des mois, et après des décisions judiciaires controversées, cette lecture a pris du poids en Conseil des ministres.

Les troubles ont pris la forme d’une histoire politique. En privé, les membres de l’Exécutif mettent l’accent sur les mouvements qu’ils interprètent comme des tentatives de conditionner l’action de la Moncloa. L’hypothèse pointe vers des secteurs de la Cour Suprême, du CNI et des Forces de Sécurité qui contribueraient, selon ces sources, à affaiblir le Gouvernement.

Óscar Puente et Óscar López ont été chargés de franchir le pas. Il ne s’agit plus d’un débat silencieux : l’évaluation est communiquée à l’opinion publique avec une certaine régularité. La Moncloa ne nie pas ces déclarations, mais elle n’en fait pas non plus une bannière institutionnelle.

La priorité immédiate de Pedro Sánchez est de résoudre le Crise de Ceuta. Des sources proches du programme du président assurent que la gestion des frontières concentre actuellement l’essentiel des discussions à la Moncloa. Le reste est garé, du moins depuis les portes vers l’extérieur.

Dans Ferraz La devise est d’empêcher le bruit institutionnel de contaminer l’agenda du gouvernement. La direction fédérale préfère ne pas alimenter le récit du harcèlement et concentre son argumentaire sur la gestion et la cohésion interne.

Le risque n’est pas seulement juridique : c’est l’installation d’un récit de siège qui peut éroder la légitimité des institutions.

La crise de Ceuta comme priorité stratégique pour Sánchez

La crise à Ceuta oblige le gouvernement à agir vite. Le président a demandé aux ministères concernés de concentrer leurs efforts sur la réponse sur le terrain. Moncloa déclare en privé qu’il n’y a pas de place pour les distractions.

La gestion des frontières et les tensions liées à l’immigration sont devenues au centre de la semaine. L’Exécutif tente de désamorcer les reproches de l’opposition et des partenaires, qui réclament des explications sur le dispositif déployé. La coordination entre l’Intérieur, la Défense et les Affaires étrangères donne le rythme de la salle de commandement.

Ce déploiement a une lecture politique plus large. Alors que le gouvernement se concentre sur Ceuta, le débat sur le harcèlement institutionnel perd de sa vigueur. C’est une décision délibérée : il n’y a pas de pire scénario pour un exécutif que de se battre sur deux fronts en même temps.

L’Axe du pouvoir socialiste

L’analyse de cette situation nous oblige à regarder l’ensemble du conseil d’administration. Le PSOE a déjà connu des moments où il percevait des mouvements de pouvoirs non gouvernés pour le conditionner. L’étape qui a suivi le vote de censure de 2018 a laissé des leçons : le parti a appris à renforcer la légitimité démocratique tout en gérant un pays en pleine transformation.

La différence réside désormais dans la nature de l’adversaire. Il ne s’agit pas d’un parti en particulier, mais de la perception selon laquelle les institutions de l’État agissent selon leur propre logique. Cette perception, si elle se consolide, génère une usure difficile à inverser car elle remet en question les règles du jeu.

En interne, les voix critiques au sein du parti observent la situation avec prudence. Les barons ne veulent pas se laisser entraîner dans un débat qui épuise. La position de Emiliano García-Pagetoujours attentif à la modération, et celui de Salvador Illaconcentré sur la Catalogne, vise à préserver la centralité. Les dirigeants fédéraux le savent.

Au niveau territorial, la lecture est claire : les gouvernements autonomes du PSOE se protègent. Castille-La Manche, les Asturies, la Navarre et la Generalitat de Catalogne maintiennent un profil de gestion. Ils ne sont pas intéressés par le bruit judiciaire. Ils veulent gouverner.

L’opposition, de son côté, profite de l’histoire pour frapper. Le PP traduit cela par une déloyauté envers les institutions. Vox, en termes plus durs, parle de dérive. L’argumentation socialiste s’oppose à une idée : la démocratie se défend avec responsabilité, et non dans le silence face à des décisions jugées disproportionnées.

À moyen terme, le risque est celui d’une polarisation institutionnelle. Le fait que les citoyens perçoivent un conflit entre le gouvernement et les organes de l’État affaiblit la confiance. Le PSOE le sait et c’est pourquoi il préfère calmer le discours. Sánchez a choisi la direction. C’est un pari stratégique.

Ce que l’on observe, c’est une opération de confinement. Sans nier le malaise, la Moncloa essaie d’empêcher que l’histoire du siège ne devienne le centre du débat législatif. La crise de Ceuta est la priorité. Pour le reste, du moins pour le moment, il faut attendre.

🌹La note de Ferraz

  • Message fort : Défense de la légitimité institutionnelle et du management face à une histoire de siège ; priorité pour résoudre la crise de Ceuta.
  • Protagoniste: Pedro Sánchez (président du gouvernement et secrétaire général du PSOE).
  • Prochaine étape : Apparition du gouvernement sur la situation à Ceuta et reprise du cours politique après l’été.