L’emploi aux États-Unis surprend en août : 162 000 nouveaux emplois, soit presque le triple des attentes, avec un taux de chômage de 4,1 %

Thibault Delacroix

EN 30 SECONDES

  • Que s’est-il passé ? Le Bureau of Labor Statistics a publié vendredi les données du mois d’août : 162 000 nouveaux emplois et un taux de chômage de 4,1 %, soit presque le triple des attentes.
  • Qui est derrière ? Le Bureau des statistiques du travail (BLS) et le Réserve fédéralequi surveille les données avant de décider des taux d’intérêt.
  • Quel impact cela a-t-il ? Un marché du travail plus fort réduit la pression exercée sur la Réserve fédérale pour qu’elle abaisse ses taux, ce qui maintient le coût du financement en dollars à un niveau élevé pour l’Espagne.

Le marché du travail américain a créé 162 000 emplois en août, soit près du triple des attentes des analystes. Le taux de chômage reste à 4,1%, selon les données publiées vendredi par le Bureau of Labor Statistics (BLS, l’organisme qui prépare le rapport officiel sur l’emploi aux Etats-Unis).

Les données du mois d’août : 162 000 emplois et un chômage qui ne bouge pas

Les données ne sont pas spectaculaires en termes historiques. L’économie américaine crée généralement entre 100 000 et 200 000 emplois par mois dans une phase d’expansion solide. Ce qui est pertinent, c’est la composition des donnéeset non son ampleur absolue : le secteur privé se développe tandis que l’emploi fédéral diminue et que le marché du travail favorise les travailleurs nés aux États-Unis.

La masse salariale du secteur privé atteint 135,75 millions de travailleurs, contre 134,71 millions en janvier 2025. Il s’agit d’une augmentation d’un peu plus d’un million de personnes occupées, un rythme modéré par rapport aux cycles précédents, mais qui prend un autre sens en raison de la réallocation des postes entre secteurs.

Le tournant structurel : l’emploi local gagne du terrain et la main-d’œuvre fédérale diminue

Le secteur public fédéral emploie aujourd’hui 2,674 millions de personnes, contre 3,01 millions en janvier 2025. Il y a 336 000 emplois en moins, soit une baisse de plus de 11 %qui place la main-d’œuvre fédérale à son niveau le plus bas depuis mai 1966, selon les données recueillies dans l’éditorial du Washington Examiner.

Le changement le plus profond concerne la composition par origine des travailleurs. Entre juin 2022 et décembre 2024, l’économie américaine a créé 2,6 millions d’emplois, dont plus de 2,2 millions de travailleurs nés à l’étranger ; moins de 400 000 sont allés aux travailleurs indigènes.

Depuis janvier 2025, la tendance s’est inversée : l’emploi étranger a diminué de près d’un million de postes, tandis que l’emploi local a augmenté de plus de 1,3 million. Selon les termes du Washington Examiner, l’économie américaine « a absorbé un déclin historique de l’emploi fédéral et une forte contraction de l’immigration ». La lecture du Maison Blanche est que le marché du travail réaffecte les opportunités vers les travailleurs nés aux États-Unis. Donald Trump Il revendique cette transformation comme une réussite de son mandat.

Le secteur privé américain a ajouté plus d’un million d’employés depuis janvier 2025, tandis que la main-d’œuvre fédérale tombe à son plus bas niveau depuis 1966.

La réduction de l’emploi à l’étranger est liée à la politique d’immigration. Selon le Centre d’études sur l’immigration, l’ancien président Joe Biden permis l’entrée de plus de cinq millions d’immigrés illégaux, tandis que Donald Trump en a expulsé 2,3 millions. La baisse des effectifs fédéraux répond à l’engagement de l’administration de réduire l’appareil public.

Logique de Washington

Washington poursuit un objectif précis : réduire l’empreinte du gouvernement fédéral et redistribuer les opportunités d’emploi aux citoyens américains. La logique est conforme au manuel du Parti républicain depuis les années 80 : moins de secteur public, plus de marché du travail privé et une immigration contrôlée comme instrument de politique économique. Ce n’est pas une improvisation ; C’est une doctrine.

La comparaison avec l’étape précédente est frappante. Faible Joe Bidenplus de 85 % des emplois nets créés entre juin 2022 et décembre 2024 étaient destinés aux travailleurs étrangers. À partir de janvier 2025, la proportion s’inverse en faveur des travailleurs autochtones. Il s’agit d’une redistribution sans précédent dans l’histoire récente du marché du travail américain.

L’impact pour l’Espagne passe par le canal financier. La vigueur du marché du travail réduit l’urgence de Réserve fédérale de réduire les taux d’intérêt, ce qui maintient le dollar fort et rend le financement de la dette souveraine espagnole plus coûteux. C’est le canal de transmission qui surveille le Trésor espagnol.

La projection immédiate est la prochaine réunion du FOMC (le Comité fédéral de l’Open Market, l’organe du Réserve fédérale qui décide des taux d’intérêt aux Etats-Unis), prévue ce mois-ci. Si les données d’inflation sont bonnes, la Réserve fédérale pourrait maintenir ses taux inchangés, une décision qui donnerait le ton pour les primes de risque en Europe.

Le marché du travail américain ne détruit pas d’emplois ; le réaffecte. C’est la logique de Washington. Et pour l’Espagne, le canal de transmission n’est pas le marché du travail, mais le coût de l’argent.

Dossier

  • Le cas : Le rapport sur l’emploi du mois d’août aux États-Unis montre une économie en transformation : le secteur privé crée des emplois tandis que le secteur public fédéral se contracte et que l’emploi local prend de l’importance.
  • Données clés : 162 000 emplois créés en août ; chômage à 4,1%; masse salariale privée à 135,75 millions ; effectif fédéral à 2,674 millions (le plus bas depuis 1966) ; l’emploi local avec 1,3 million de nouveaux emplois à partir de janvier 2025.
  • Pour l’Espagne : Les données réduisent la pression exercée sur la Réserve fédérale pour qu’elle abaisse ses taux, ce qui maintient le coût de financement en dollars de la dette souveraine et des entreprises espagnoles exposées aux États-Unis.