Sánchez apparaît au Congrès, Vox et ses partenaires : ils exigent la rupture avec le Maroc

Thibault Delacroix

EN 30 SECONDES

  • Que s’est-il passé ? Sánchez se présente au Congrès ce jeudi pour rendre compte de la crise à Ceuta, après la fuite d’un rapport du CNIF qui souligne l’intervention d’agents marocains lors de l’entrée massive du 30 juillet.
  • Qui est derrière ? Le Président du Gouvernement, avec la pression directe du PP, de Vox et d’une partie des partenaires parlementaires, qui réclament une rupture diplomatique avec le Maroc.
  • Quel impact cela a-t-il ? La séance conditionne le message de la Moncloa sur la coopération en matière d’immigration avec Rabat et la stratégie de l’Exécutif visant à protéger la frontière de la ville autonome.

Sánchez apparaît au Congrès de Ceuta entouré de PP, Vox et partenaires qui réclament la rupture avec le Maroc. La séance de jeudi aura lieu après la fuite d’un rapport du Centre National de l’Immigration et des Frontières (CNIF) qui a modifié la préparation du discours de Moncloa et ajouté une pression diplomatique que le Gouvernement n’avait pas envisagée il y a quelques semaines.

L’apparition, entre autocritique et défense de la coopération avec Rabat

Le rapport de police, avancé par El Español et auquel elDiario.es a eu accès, fait état d’une participation directe de membres des forces de sécurité marocaines au passage massif vers Ceuta les 30 et 31 juillet, lorsque plus de 70 000 personnes Ils sont entrés dans la ville autonome. Elle se base sur des images diffusées sur les réseaux sociaux et par les médias, selon les mêmes informations, et n’a pas été confirmée par le ministère de l’Intérieur : le ministre Fernando Grande-Marlaska a demandé des explications au directeur de la police nationale, Francisco Pardo, qui a affirmé ne pas avoir connaissance du document car le juge a ordonné aux auteurs de ne pas le transmettre aux supérieurs.

La réaction de la Moncloa a été de défendre la coopération avec Rabat et, en même temps, de tenter un geste d’autocritique temporaire envers la population de Ceuta. Mercredi, Sánchez a publié une vidéo à l’occasion des vacances de Ceuta et a admis que, pour une grande partie des citoyens, la réponse de l’État pourrait être insuffisante. Ce message, chargé de empathiecherche à élargir la marge politique du président sans abandonner la thèse centrale de l’exécutif : le retour de la majorité de ceux qui l’ont traversé s’explique avant tout par la coopération bilatérale.

Ce déséquilibre se produit également en pleine préparation d’une séance plénière qui n’est plus seulement informative : l’opposition a fait de la crise un plébiscite anticipé sur la politique étrangère du gouvernement. Ce n’est pas une nuance mineure. PP et Vox rivalisent pour capitaliser sur l’indignation de Ceuta, et une partie des alliés d’investiture réclament des gestes diplomatiques immédiats.

Pressions de l’opposition et des partenaires : l’exigence de rupture avec le Maroc

Alberto Núñez Feijóo s’est rendu ce mercredi à Ceuta, a félicité la population de Ceuta et a appelé à des mesures contre le Maroc après le rapport. Dans son discours, le leader du PP a laissé un double message : au président et à Santiago Abascal. Feijóo abandonne ainsi sa prudence initiale à l’égard du Maroc et hausse le ton, convaincu que la crise pourrait ouvrir une brèche dans la résistance de Sánchez.

La séance se joue sur deux fronts : prouver l’urgence à Ceuta et ne pas céder à une escalade à laquelle Rabat pourrait répondre en fermant la coopération migratoire.

Dans le bloc qui soutient le gouvernement, des divergences existent également. Sumar considère que le royaume alaouite a joué un rôle par action ou omission, et demande l’évacuation des mineurs puis du reste des personnes hébergées pour alléger la charge qui pèse sur la ville. Podemos exige le licenciement de Marlaska et la rupture des relations, tandis qu’IU pointe les responsabilités politiques si la déloyauté de l’information est confirmée. Le PNV, partenaire régulier de la majorité, s’est montré particulièrement dur : Aitor Esteban l’a qualifié de désastreux et a critiqué l’improvisation de l’exécutif.

Même si la pression existe, le gouvernement socialiste maintient qu’une rupture avec le Maroc ne permettrait pas de renvoyer les 70 000 personnes déjà rentrées et ne résoudrait pas non plus la surcharge de Ceuta. Ferraz assume le coût de l’apparition et espère que la gestion parlementaire de Sánchez permettra de réorganiser le cadre : coopération migratoire, soutien à la ville autonome et contrôle du discours de fracture territoriale que, selon lui, l’opposition a installé.

L’Axe du pouvoir socialiste

Ferraz considère cette journée comme une bataille entre la stabilité du gouvernement et la tentation de transformer la frontière sud en un sujet d’agitation identitaire. La direction socialiste ne nie pas l’existence d’un débat interne sur la réponse à la crise, mais donne la priorité à empêcher le PP, avec le soutien de Vox, d’imposer une lecture invalidant toute politique de coopération. A ce stade, la pression des partenaires ajoute des frictions : les discours de Sumar, IU et Podemos poussent le gouvernement vers une condamnation plus explicite du Maroc, tandis que Ferraz préfère ne pas prendre de mesures irréversibles avant de clarifier la portée réelle du rapport du CNIF.

L’impact territorial et social de cette crise n’est pas mineur. Ceuta n’est pas une fédération socialiste, mais la gestion de l’urgence conditionne l’image de l’Exécutif dans tout l’espace de centre-gauche. La surcharge des systèmes d’accueil, la tension dans les quartiers et le malaise des agents frontaliers font de l’apparence une épreuve de crédibilité qui dépasse le périmètre parlementaire. C’est pourquoi Moncloa a combiné la défense du retour avec un message d’écoute des citoyens de Ceuta, dans le but de démontrer que la coopération étrangère n’équivaut pas à l’indifférence face à la pression migratoire.

Le risque immédiat est que la séance de jeudi consolide l’image d’un président isolé, même avec des alliés coriaces comme le PNV qui marquent publiquement leurs distances. L’histoire récente des crises frontalières dans l’Union européenne montre que l’usure n’est pas toujours capitalisée par ceux qui la gèrent, mais plutôt par ceux qui promettent une solution simple. La réponse socialiste, pour l’instant, consiste à maintenir l’alliance opérationnelle avec Rabat, à renforcer le discours de protection de Ceuta et à attendre que le Congrès permette au président d’ordonner la séquence sans céder à l’ultimatum diplomatique de l’opposition.

🌹La note de Ferraz

  • Message fort : Défense de la coopération migratoire avec le Maroc et soutien à Ceuta face à l’escalade de l’opposition.
  • Protagoniste: Pedro Sánchez (président du gouvernement et secrétaire général du PSOE).
  • Prochaine étape : Apparition de Sánchez au Congrès ce jeudi et réaction des groupes après la séance plénière.