PP et Vox concluent un pacte en Castilla y León avec la priorité nationale et la privatisation comme axes

Thibault Delacroix

Vox a conclu un pacte de coalition avec le PP en Castille et León avec le priorité nationale et la privatisation comme axes. L’accord, présenté début juin, reproduit ceux d’Aragon et d’Estrémadure et protège trois ministères pour Vox.

Le document, signé après près de quatre-vingt-dix jours de dialogue et présenté début juin, comprend 19 axes et 324 mesures réparti sur 62 pages. Alfonso Fernández Mañuecoprésident du Junte de Castille et Leónl’a défini comme un critère d’inspiration et a admis qu’il reproduit ce qui a été convenu en Aragon et en Estrémadure. Vox assume une vice-présidence et trois ministères : Dérégulation, Famille et Aide sociale ; Agriculture, élevage, environnement rural et politique environnementale, sans gestion des incendies ; et Culture, Tourisme et Sports, avec Carlos Pollán comme vice-président.

La proposition Vox : priorité nationale et déréglementation

La priorité nationale est la mesure que Vox a réussi à insérer comme principe directeur des services sociaux. Selon le texte de l’accord, la Commission accordera la priorité aux citoyens de la communauté dans l’accès aux aides, aux revenus et aux places résidentielles, un critère que l’organisation défend comme une garantie d’équité pour les Castillans et les Léonais face à la pression d’assistance de l’immigration irrégulière. Pour Vox, c’est là le véritable bouclier social : que les ressources publiques servent d’abord ceux qui résident légalement dans la communauté.

L’accord consacre un bloc spécifique à l’immigration. La première mesure est exhaustive : « Fini les mineurs étrangers non accompagnés (MENAS). Rejet frontal de la politique d’immigration du gouvernement central. Sont également incluses la vérification de l’âge des immigrés en situation irrégulière, l’élimination des subventions susceptibles d’attirer l’immigration clandestine et l’interdiction des burqa et niqab dans les espaces publics.

Vox assume également le nouveau ministère de Déréglementation, aide familiale et socialechargé de simplifier les procédures et d’appliquer la priorité nationale. Le pacte accorde à la formation les portefeuilles de l’Agriculture, de l’Élevage, de l’Environnement rural et de la Politique environnementale – sans gestion des incendies – et de la Culture, du Tourisme et des Sports, dont le vice-président sera Carlos Pollán.

L’engagement en faveur de la déréglementation et de la priorité nationale a une lecture économique : Vox veut faire de Castilla y León un contrepoids aux politiques du gouvernement central en matière d’immigration et de questions sociales. C’est ce que défend le parti au sein du nouvel exécutif régional.

L’accord fait de la priorité nationale l’axe des services sociaux : le Conseil postule par écrit que les ressources publiques doivent d’abord servir la population locale.

Impact et réactions : syndicats, légalité et privatisation

Les organisations syndicales ont réagi durement. Le secrétaire général de UGT en Castille et León, Oscar Loboa dénoncé le fait que Vox génère un « faux problème » d’immigration dans l’une des communautés les plus dépeuplées de l’Union européenne. Il a également critiqué la réduction de 50 % des subventions aux syndicats, une mesure que la Justice a déjà contrainte d’annuler après le pacte de 2022. « S’ils le souhaitent, nous nous reverrons au tribunal », a-t-il prévenu.

Le chapitre incendie suscite également des doutes. L’accord établit que « le collaboration public-privé » pour le nettoyage et le repeuplement des forêts, une formule qui s’éloigne de l’opération 100% publique de prévention et d’extinction qu’exigeaient les pompiers forestiers après l’incendie qui a dévasté près de 172 000 hectares. La gestion des incendies reste entre les mains du PP, tandis que Vox assume la politique environnementale, plus chargée idéologiquement.

Le document ne contient aucune référence à l’avortement, à la loi de violence de genre ni à la Droits LGTBIQ+. Il s’agit d’un changement par rapport à l’accord de 2022, qui prévoyait des mesures anti-avortement et une loi sur la violence domestique. Le nouveau pacte se limite à collecter des primes et des aides pour les victimes de violences faites aux femmes, sans préciser les règles de protection LGTBIQ+.

La stratégie de Vox : consolider le schéma territorial

Le pacte consolide le modèle territorial déjà lancé par Vox en Aragón et Estrémadure. La dissolution du précédent gouvernement PP-Vox en 2024 en raison de la politique d’immigration n’a pas empêché le parti de conditionner à nouveau l’agenda du PP. A cette occasion, la priorité nationale apparaît comme un critère d’inspiration et non comme une confrontation directe avec Gênes. La direction de Vox considère l’accord comme une victoire de son modèle : le PP a besoin de ses voix et assume une partie de son discours. Le leader de Vox en AndalousieManuel Gavira, a déjà prévenu que « l’Andalousie ne peut pas être moins ». La référence aux prochaines élections est évidente : le PP dispose d’un nouveau document de base dont s’inspirer, et Vox, un levier pour faire pression sur les autres autonomies.