Trump étudie le MOAB contre l’Iran : le Pentagone prépare l’attaque et Ormuz ajoute deux navires coulés

Thibault Delacroix

EN 30 SECONDES

  • Que s’est-il passé ? Le Pentagone a préparé un plan pour attaquer les installations nucléaires et énergétiques iraniennes avec le MOAB, la plus grosse bombe non nucléaire des États-Unis. Il ne serait activé que si Donald Trump autorise la reprise des attaques.
  • Qui est derrière ? Le Maison Blanche et le ministère de la Défense, avec le président des États-Unis lier toute décision militaire au calendrier électoral du 3 novembre.
  • Quel impact cela a-t-il ? Deux navires coulés dans le Détroit d’Ormuz par des projectiles non identifiés augmentent le risque sur le pétrole brut et le gaz qui font tourner l’économie espagnole.

Le Pentagone maintient le plan prêt à lancer le MOAB contre l’Iran si Donald Trump donne l’ordre.

Qu’est-ce que MOAB et où est le plan du Pentagone ?

Les cibles sur la table sont les installations nucléaires et les infrastructures énergétiques, selon le plan détaillé par le Washington Examiner. L’arme ne pourrait entrer en action que si le président autorise la reprise des opérations de combat.

Jeudi soir, dans une interview sur Newsmax avec l’animateur Rob Finnerty, Donald Trump a fait la différence : « C’est juste une bombe extrêmement grosse. C’est comme une petite bombe nucléaire. Et il a ajouté que les États-Unis n’ont pas besoin de recourir à l’arme atomique contre Téhéran car, selon ses propres termes, « nous sommes la plus grande puissance nucléaire du monde ».

Le MOAB—Explosion aérienne massive de munitions— pèse environ 21 000 livres, soit près de 9 500 kilos, dont environ 18 700 livres explosives. Son palmarès de combat se réduit à une seule mission : en Afghanistan, en avril 2017, contre un complexe de tunnels de l’État islamique. La mère de toutes les bombes est guidée par GPS, explose dans les airs et détruit les structures avec son onde de pression.

Depuis cet attentat, il fonctionne davantage comme un message politique que comme un outil tactique. Et le message, en pleine campagne électorale américaine, va dans deux directions : vers Téhéran et vers l’électeur chez lui.

Le MOAB n’est pas conçu pour gagner une guerre : c’est un argument de négociation sous la forme d’un explosif.

Ormuz, deux navires coulés et la facture qui arrive en Espagne

Environ un cinquième du pétrole brut consommé dans le monde passe chaque jour par le détroit d’Ormuz. Deux navires y ont coulé, touchés par des projectiles dont personne n’a revendiqué la responsabilité. Il n’est pas nécessaire de fermer formellement le passage pour que le marché s’énerve : il suffit que les primes d’assurance augmentent et que les armateurs commencent à faire des détours.

L’Espagne ne produit pas de pétrole et couvre la quasi-totalité de sa consommation par des importations. Chaque palier que monte le baril atteint tôt ou tard les pompes, le transport des marchandises et la facture d’électricité, car le gaz fixe le prix de gros de l’électricité. Les raffineries de Repsol —Carthagène, Bilbao, Puertollano, Tarragone, La Corogne—et le kérosène qui fait le plein Ibérie Ils sont achetés sur ce même marché.

À cela s’ajoute le front logistique : le fret et l’assurance maritime deviennent plus chers à chaque épisode de tension dans le Golfe, et les entreprises espagnoles qui importent ou exportent par cette route le remarquent sur la facture. Ce que nous observons, c’est que l’Espagne est moins dépendante du gaz de la région que l’Italie ou la Grèce, mais avec la même exposition au prix mondial du pétrole brut. L’Espagne n’est pas à la table où se décide l’attaque ; son levier est Bruxelles.

Logique de Washington

La question que se pose le Pentagone n’est pas de savoir comment gagner une guerre, mais comment y mettre fin. Le conflit avec l’Iran dure depuis sept mois sans qu’une fin soit en vue, et le Maison Blanche a transformé le MOAB en une monnaie d’échange : une arme qui fuit et reste sur la table en guise de rappel. Trump a répété que les prix chuteraient à la fin du conflit. Votre pari est d’escalader pour désamorcer.

Il existe un précédent. En avril 2017, également avec Trump au Bureau Ovalele MOAB n’a été lancé qu’une seule fois en Afghanistan : un coup d’État démonstratif, sans troupes sur le terrain et avec un effet militaire limité. Et la logique de l’escalade mesurée est ancienne dans le Golfe : en 1988, suite à l’avarie d’une mine sur la frégate Samuel B. Roberts, la Marine a détruit des plates-formes iraniennes dans le cadre de l’opération Praying Mantis sans déclencher une guerre totale. Washington sait envoyer des messages coûteux sans franchir toutes les lignes.

La coalition qui soutient cette approche est celle qui a voté contre les guerres sans fin : une base qui tolère la force ponctuelle, mais pas l’occupation, et une aile interventionniste qui veut clore le dossier iranien. Les règles du calendrier. Le 3 novembre, les deux chambres du Congrès et le prix de l’essence est la donnée qui punit le plus ceux qui gouvernent. D’où le président des États-Unis a lié toute reprise des attaques au lendemain du scrutin.

Un mystère technique demeure : le MOAB explose en surface et les installations iraniennes les plus sensibles sont enfouies sous les montagnes, pour lesquelles l’arsenal américain dispose d’autres outils. Le message est clair ; la mission, moins. La prochaine chose à surveiller est le 3 novembre et la réponse de Téhéran à Ormuz même, où se trouvent déjà deux navires au fond.

Dossier

  • Le cas : Le Pentagone a préparé l’utilisation du MOAB contre les installations nucléaires et énergétiques iraniennes dans une guerre qui dure depuis sept mois, en attendant l’ordre de Trump.
  • Données clés : La bombe pèse environ 21 000 livres (près de 9 500 kilos), avec une ogive d’environ 18 700 livres d’explosif. Il a été développé en 2003 et n’a été utilisé qu’une seule fois au combat, en Afghanistan en avril 2017. Les élections législatives américaines ont lieu le 3 novembre.
  • Pour l’Espagne : Sans pétrole brut ni présence à la table où se décide l’attaque, le salon espagnol est celui de l’énergie et de la logistique : un baril plus cher et des tarifs de fret en hausse se répercutent sur les factures de carburant, de transport et d’électricité.