L’opposition souligne le silence complice de Díaz face au complot de l’affaire Ábalos

Thibault Delacroix

La tension a atteint son paroxysme au Congrès des députés, où l’opposition a dessiné un scénario de « fin de cycle » marqué par l’effondrement du système de santé et l’ombre d’une corruption judiciarisée. Ce mercredi, la Chambre est devenue le théâtre d’un affrontement dialectique de haute intensité. Le leader du Parti Populaire, Alberto Nuñez Feijóoa pris la parole avec une force inhabituelle pour souligner ce qu’il considère comme le « portrait définitif » de l’actuel exécutif.

Selon le chef de l’opposition, le gouvernement de Pedro Sánchez est pris entre deux fronts qui remettent en question sa légitimité morale et managériale : le processus judiciaire contre l’ancien ministre José Luis Abalos à la Cour suprême et la plus longue grève des médecins de l’histoire de l’Espagne. Pour Feijóo, la coïncidence de ces événements n’est pas une coïncidence, mais plutôt le symptôme d’une administration épuisée qui a perdu le pouls de la rue et le respect des institutions.

D’un ton sévère, Feijóo a rappelé que le procès qui se déroule devant la Haute Cour n’est pas seulement un processus individuel, mais «C’est le procès de votre gouvernement». Au cours de son discours, il s’est retourné pour récupérer des images qu’il a qualifiées de « effrayant »faisant référence au Comité fédéral du PSOE d’il y a dix ans et au prétendu coup dur qui, selon ses mots, a été le « prélude à toute la carrière politique » par Pedro Sánchez.

Ce manque de respect pour la démocratie, selon le leader populaire, se traduit aujourd’hui par une manière de gouverner sans majorités parlementaires solides et sans budgets généraux de l’État, ce qui laisse le pays dans une situation de paralysie administrative inquiétante.

Un système de santé en état d’alerte

La gestion de la santé publique a été l’autre grand fléau lancé par le banc populaire. Feijóo a directement désigné Sánchez comme la personne responsable en dernier ressort d’un grève des médecins qui dure déjà depuis dix moisun conflit sans précédent qui sape les fondements du bien-être social.

Le leader du PP a interrogé le président avec des questions directes sur l’impact humain de cette crise : « Savez-vous combien d’opérations et combien de consultations ont été annulées ? Pourquoi vous et le ministre méprisez-vous autant les médecins ? ». Le reproche s’est concentré sur la prétendue déconnexion de l’Exécutif avec la réalité des médecins et des patients.

Selon les données fournies par l’opposition, la liste d’attente en Espagne a grimpé jusqu’à atteindre 2 millions de personnes pendant le mandat de ce que Feijóo appelle ironiquement la grève des médecins « de son gouvernement ». En ce sens, il a accusé le président de « ne connaissant pas un mot » de la Santé et a sévèrement critiqué la ministre du secteur, la qualifiant de « incapable de gérer quoi que ce soit ».

La contradiction entre le discours de la défense publique et la réalité législative a conduit Feijóo à une conclusion brutale : « Juste pour cette raison, tu ne mériterais pas d’être assis là. ». Le leader populaire a exhorté le chef de l’Exécutif à faire la faveur du «s’inquiéter des affaires des Espagnols»en se souvenant de tragédies telles que la panne totale d’électricité d’il y a un an ou l’accident du train AVE qui a fait 46 morts.

L’ombre de la corruption et l’épitaphe politique

Si Feijóo se concentrait sur la gestion et la hauteur institutionnelle, Miguel Telladosecrétaire général du PP, s’est chargé de hausser le ton contre la deuxième vice-présidente, Yolanda Díaz. Dans une intervention pleine de dureté, Tellado a accusé le leader de Sumar de faire partie d’un « Gouvernement de saucisses et de corrompus ».

Le porte-parole populaire a été particulièrement incisif en soulignant la prétendue passivité de Díaz face aux irrégularités entourant Ábalos et Koldo, assurant qu’elle se limitait à « Écoutez, voyez et taisez-vous » pendant que l’intrigue fonctionnait « à cinq mètres, à côté, dans la salle du Conseil des ministres ».

Tellado a prévenu le vice-président qu’elle « silence complice » je la poursuivrai et finirai par être elle « épitaphe politique ». Rappelant les demandes du parquet, qui s’élèvent à 50 ans de prison Pour les personnes impliquées dans des délits d’organisation criminelle, de corruption, de trafic d’influence et de détournement de fonds, le secrétaire général a souligné qu’il ne s’agit pas d’un héritage du passé, mais plutôt de « Le gouvernement d’aujourd’hui, celui de Sánchez, dont vous faites partie ».

Pour l’opposition, la préoccupation du président ne réside pas dans le travail législatif, mais dans ce qui pourrait se passer dans les chambres de la Cour suprême, qui a jugé que « Le visage est le miroir de l’âme et celui du Président du Gouvernement est un poème ».

Ironie et fragmentation au sein du bloc de coalition

L’attaque de Tellado a également permis d’ironiser sur la situation interne de Sumar et sur la figure de Díaz. Après sa récente démission de la direction de la formation, Tellado l’a décrite comme «Position permanente discontinue de leader de Sumar»lui accordant sarcastiquement le « Oscar de la meilleure performance » pour son passage au gala du cinéma.

La secrétaire générale du PP a passé en revue le parcours de la vice-présidente, affirmant qu’elle a « chargé de tous les projets politiques qu’il a traversés »et a exprimé sarcastiquement son désir de finir dans les rangs du PSOE pour y appliquer sa « magie », ce qui, selon lui, serait un grand service au pays.

Enfin, l’incohérence politique a été la clôture d’une session électrique. Tellado a rappelé comment Díaz applaudit aujourd’hui avec enthousiasme Carlos Cuerpo, qu’il qualifiait il y a tout juste un an de « mauvaise personne ». « Faites-vous partie d’un gouvernement de mauvaises personnes ? »lâche-t-il directement.

La journée au Congrès laisse un panorama de fracture absolue, avec une opposition qui voit le Gouvernement acculé par des moyens judiciaires et une gestion sanitaire qu’il juge négligente, tandis que l’Exécutif tente de résister à la tempête d’accusations de corruption qui, loin de s’apaiser, semblent se renforcer à chaque séance de contrôle.