Lionel Jospin : Le conciliateur de la gauche française est mort

Thibault Delacroix

Lionel Jospin : Le conciliateur de la gauche française est mort

Plusieurs années après sa retraite de la politique, Lionel Jospin a écrit un livre sur Napoléon Bonaparte, que tant de Français vénèrent. Jospin appelle son œuvre « Le mal napoléonien », le mal napoléonien.

Il y décortique les « légendes dorées » entourant l’empereur français. Il décrit Napoléon moins comme un modernisateur, comme on le célèbre encore aujourd’hui, que comme un dictateur dont les ambitions impériales se sont soldées par un désastre.

« Le mal napoléonien » était également un livre critique sur le désir des Français d’avoir un leader charismatique et une figure de sauveur. Une nostalgie qui hante encore aujourd’hui nombre de ses compatriotes.

Marine Le Pen : « Une personnalité intègre à gauche »

Lionel Jospin, calme, solide et sobre, a voulu devenir à deux reprises le plus haut représentant des Français – et a échoué dans ses deux tentatives de présidence. L’ancien Premier ministre et chef des socialistes français est décédé dimanche à l’âge de 88 ans.


Même si Jospin n’a jamais atteint le sommet de l’Etat, l’actuel président Emmanuel Macron l’a salué lundi comme l’une des « personnalités les plus importantes de France ». « Par sa fidélité aux principes, son courage et son désir de progrès, il défendait une haute idée de la république. » Olivier Faure, aujourd’hui leader socialiste comme Jospin autrefois, l’a qualifié de « source d’inspiration, de modèle de sincérité ». La présidente du groupe parlementaire populiste de droite RN, Marine Le Pen, a décrit Jospin comme un « opposant politique que nous avons combattu » mais qui était aussi « une personnalité de gauche intègre ».



Formation à l’école de formation française

Jospin est né le 12 juillet 1937 en région parisienne dans une famille d’enseignants protestants. Dès son plus jeune âge, il s’est impliqué dans des organisations de gauche, puis pendant un certain temps aussi dans les trotskystes. Mais cela ne l’a pas empêché d’étudier à l’Ecole administrative de l’ENA, la formation politique française. François Mitterrand, alors chef du Parti socialiste, devient son mentor, lui permettant de gravir les échelons du parti.

Lorsque Mitterrand est devenu président, Jospin lui a succédé à la tête du parti et a également assumé le poste de ministre de l’Éducation pendant quatre ans. En 1997, le président conservateur Jacques Chirac a convoqué de nouvelles élections. La gauche a étonnamment gagné et Jospin a été nommé Premier ministre. Il faisait donc partie d’une soi-disant cohabitation dans laquelle le président et le chef du gouvernement appartiennent à des camps différents.

Introduction de la semaine de 35 heures

Durant son mandat de Premier ministre, Jospin a particulièrement mis en œuvre la semaine des 35 heures. Ses réalisations incluent également l’assurance maladie universelle et le partenariat civil (Pacs), qui constituent un premier pas vers le mariage pour les couples de même sexe. Il a facilité l’entrée des jeunes sur le marché du travail grâce à des contrats aidés.

Jospin est resté au pouvoir pendant près de cinq ans, une durée inhabituellement longue selon les normes françaises. Mais cela aussi a été, et encore une fois, généralement éclipsé par des protestations et des grèves de masse.

En 1995, Jospin s’est présenté pour la première fois à la présidence et a obtenu un résultat respectable mais insuffisant face à Jacques Chirac au second tour des élections. En 2002, il a concouru une deuxième fois et a parfois été considéré comme le favori.

Une gauche « diversifiée »

Étonnamment, le socialiste n’est arrivé qu’à la troisième place et a dû regarder le leader du parti d’extrême droite du Front national, Jean-Marie Le Pen, se qualifier pour le second tour. « J’assume l’entière responsabilité de cet échec et je me retire de la vie politique », a déclaré Jospin après le premier tour de scrutin – et a appelé à voter pour son rival Chirac afin d’empêcher Le Pen de remporter les élections. En fait, Jacques Chirac a gagné.

De nombreux gauchistes en France regardent désormais Lionel Jospin avec nostalgie. Parce qu’il a réussi à former une alliance forte et globale de partis de gauche lors des élections législatives de 1997. Avec la « gauche plurielle », il a rendu la gauche française capable de conquérir la majorité. Elle ne peut qu’en rêver aujourd’hui.