Les VPO d’Alicante, la « priorité nationale » de Vox et Camps mettent en échec le PP valencien

Thibault Delacroix

Le président de la Communauté Valencienne, Juanfran Pérez Llorcane parvient pas à diriger la situation politique après avoir succédé à Carlos Mazón. Entre le scandale du logement protégé à Alicante, l’offensive idéologique de Vox et le retour politique de Francisco Camps, l’équilibre du PP valencien traverse l’un de ses moments les plus délicats.

Le dernier front a été ouvert par Vox avec une proposition non-légale enregistrée aux Corts dans laquelle elle prétend établir le principe de la xénophobie « priorité nationale » en matière d’accès à l’aide sociale, au logement, aux services publics et aux prestations.

L’initiative va au-delà du symbolique : elle propose de restreindre l’accès à certains droits pour les étrangers en situation irrégulière et même de favoriser leur rapatriement. La formation de Santiago Abascal soutient que ce principe fait déjà partie des accords d’investiture qui ont permis au PP de gouverner dans la Communauté valencienne, une affirmation que les populaires ont évité de confirmer clairement.

En fait, le PP lui-même s’est récemment distancié d’une proposition similaire au Congrès, où Vox s’est retrouvé seul à défendre cette idée. La proposition de Vox comprend des mesures spécifiques : donner la priorité aux citoyens espagnols dans l’accès à un logement protégé, limiter le recours au système de santé publique pour les immigrés en situation irrégulière – sauf en cas d’urgence – et restreindre les prestations non contributives.

Il propose également d’annuler les récentes réglementations sur l’accès aux soins de santé et la régularisation des étrangers, en renforçant le cadre juridique en matière d’immigration. Ce virage met le PP dans une position inconfortable. D’une part, il a besoin du soutien de Vox pour maintenir sa gouvernabilité. D’un autre côté, assumer pleinement ces propositions pourrait l’éloigner de positions plus modérées et générer des frictions internes et externes.

À cette pression politique s’ajoute le scandale des logements officiellement protégés (VPO) à Alicante, qui affecte directement l’environnement du maire Luis Barcala. L’enquête judiciaire sur l’attribution des appartements dans le complexe résidentiel Les Naus a mis sur le devant de la scène des fonctionnaires, des techniciens municipaux et des profils liés à l’administration.

Parmi les personnes enquêtées se trouve l’ancien conseiller à l’urbanisme Rocio Gómezqui a démissionné après avoir appris qu’elle bénéficiait d’un logement protégé. Des responsables techniques et administratifs ont également été convoqués, ainsi que l’architecte municipal et des proches de hauts fonctionnaires ayant eu accès à ces logements.

L’affaire, promue par le parquet anti-corruption, souligne d’éventuelles irrégularités dans un processus qui aurait dû garantir l’accès à un logement abordable aux personnes ayant moins de ressources. L’opposition a été écrasante. Du côté du PSPV, on rapporte que l’affaire démontre une utilisation inappropriée des ressources publiques au profit de profils non conformes à l’esprit du VPO. Compromís, pour sa part, a insisté sur la nécessité de clarifier les responsabilités politiques.

Le terme « ballon » est revenu dans le débat public valencien, évoquant des pratiques que le PP a tenté de laisser derrière lui après des années marquées par des cas de corruption. Ce scandale affecte non seulement la gestion municipale d’Alicante, mais affaiblit également la position du PP dans toute la Communauté. L’image de rigueur et de stabilité qu’elle tente de projeter est érodée par les enquêtes judiciaires qui affectent son environnement direct.

Les camps reviennent

En parallèle, un troisième facteur ajoute à l’incertitude : le retour de Francisco Camps. L’ancien président valencien est revenu sur la scène politique en exigeant la tenue d’un congrès du parti et en laissant ouverte la possibilité de promouvoir un nouveau projet politique s’il ne trouve pas d’espace au sein du PP.

Son éventuelle candidature aux prochaines élections municipales, notamment à Valence, pourrait fragmenter le vote conservateur. La figure des Camps continue de générer des divisions. Pour certains secteurs, cela représente une étape d’hégémonie électorale ; Pour d’autres, elle est associée à un passé que le parti ne veut pas rouvrir. Sa réapparition introduit en tout cas un élément d’instabilité dans un moment déjà complexe.

La combinaison de ces facteurs remet en question la capacité du parti à maintenir le contrôle du récit politique dans la Communauté valencienne. Tout en tentant de consolider son gouvernement, il est contraint de gérer simultanément des crises qui affectent à la fois sa crédibilité et sa cohésion interne.