France : ce que les élections locales en France signifient pour l’élection présidentielle

Thibault Delacroix

France : ce que les élections locales en France signifient pour l'élection présidentielle

Paris – Après les élections locales en France, les partis se tournent vers l’élection présidentielle de l’année prochaine. Les résultats des villes et des communes ne peuvent être interprétés que dans une certaine mesure comme un test d’humeur au niveau national, mais ils joueront un rôle central dans les luttes de pouvoir internes au camp qui vont s’ensuivre.

Les socialistes, qui défendaient la mairie dans les deux plus grandes villes, Paris et Marseille, sont sortis légèrement renforcés du scrutin. Le Rassemblement national (RN) de droite de Marine Le Pen a progressé, mais a finalement raté la victoire qu’on croyait à sa portée dans plusieurs grandes villes. Le camp de gauche risque également d’être déçu par le résultat des élections.

Le soir du scrutin, le leader du RN Jordan Bardella a évoqué le « début d’une alternance de pouvoir » qui s’opérerait bientôt également au niveau national, malgré l’échec de son parti à atteindre ses objectifs. Le leader de La France Insoumise (LFI), Manuel Bompard, a également appelé les Français à rejoindre son parti de gauche en vue de l’élection présidentielle. Le chef des conservateurs, Bruno Retailleau, a souligné ses ambitions présidentielles et appelé à une rupture radicale, s’exprimant ainsi indirectement contre un candidat commun issu du camp du centre-droit.

Les partis tirent des leçons pour les élections présidentielles

Lorsqu’un nouveau chef de l’État sera élu au printemps prochain, le président Emmanuel Macron ne pourra plus se présenter après deux mandats. Alors qui lui succédera ? Dans les sondages, Le Pen et son fils adoptif politique Jordan Bardella reçoivent le plus de soutien pour une candidature. La gauche politique et le camp du centre-droit ne sont toujours pas répartis. Il est probable que les débats s’accélèrent désormais.


L’ancien Premier ministre Édouard Philippe a défendu son poste de maire du Havre, se positionnant ainsi comme un candidat potentiel du centre politique à la présidentielle. L’ancien Premier ministre François Bayrou a en revanche perdu de peu à Pau. Bien que lui-même ne semble pas vouloir devenir chef de l’État, ses mauvaises performances pourraient signifier que sa voix perd du poids parmi les forces centristes.



Au sein du bloc de gauche, les socialistes pourraient revendiquer un rôle de leader. Il y aura également des discussions intensives sur la question de savoir si les socialistes, les communistes et les Verts souhaitent unir leurs forces à celles, parfois populistes, de LFI. Selon les projections, dans plusieurs villes comme Limoges et Besançon, où les partis se sont alliés à LFI, cela n’a pas suffi pour gagner. A Lille et Rennes en revanche, les autres partis de gauche n’ont pas formé d’alliance avec LFI et ont gagné.

Les nationalistes de droite espéraient davantage

Le Pen a qualifié le résultat global d’« immense victoire ». Mais la progression du RN est certainement aussi due au fait que les nationaux de droite n’ont pas répondu à leurs attentes malgré des gains individuels. Au premier tour de scrutin, leur liste emmenée par Franck Allisio est arrivée juste derrière le précédent maire Benoît Payan dans la deuxième ville française, Marseille. Prendre le contrôle de la ville portuaire aurait été un énorme succès pour les populistes de droite. Mais selon les projections, ils ont clairement raté la victoire.

Même à Nîmes et à Toulon, où le parti de Le Pen avait des espoirs, il n’a obtenu que la deuxième place. A Nice, Eric Ciotti, allié hors parti des nationalistes de droite, s’est retrouvé en tête.

La LFI risque également d’être déçue du résultat des élections. Même si elle s’est clairement imposée à Roubaix, les listes de gauche à Lille et Toulouse ont, selon les projections, raté la première place espérée. Les socialistes ont enregistré des victoires importantes non seulement à Marseille, mais aussi à Paris, la capitale assiégée, avec le principal candidat Emmanuel Grégoire. Les Verts, en revanche, qui ont remporté des victoires impressionnantes il y a six ans, perdront probablement la mairie de Strasbourg, mais selon les projections, ils ont pu tenir le coup à Lyon.

Selon le célèbre institut de sondage Ipsos, les questions locales étaient cruciales pour près de neuf électeurs sur dix lors des élections locales. En outre, 40 pour cent des sondés estiment que la situation politique et économique au niveau national est décisive. Néanmoins, le vote local et national diffère parfois, notamment parce que certains partis comme le Rassemblement national ou la Renaissance de Macron sont encore assez mal ancrés dans les communes.