Des hommes d’affaires et des secteurs religieux accusent PP et Vox de leur campagne anti-régularisation

Thibault Delacroix

Le PP et Vox font campagne contre la régularisation des migrants promue par le gouvernement central après négociation avec Podemos Cela a provoqué la colère de milieux habituellement liés à la droite comme l’Église catholique ou le monde des affaires.

Le PP, qui a signé un accord controversé avec l’extrême droite pour gouverner en Estrémadure, s’est distancié de la position du président de la Conférence épiscopale espagnole, Luis Argüello, qui a soutenu la régularisation bien qu’avec des nuances quant à son déroulement.

Argüello Il a pris la parole lors d’une réunion tenue à la Fondation Pablo VI avec la députée « populaire » Cayetana Álvarez de Toledo, où il a évalué positivement la mesure pour son potentiel d’amélioration de la situation de milliers de migrants.

L’archevêque de Valladolid a également mis l’accent sur la réalité observée par des organisations comme Caritas : des personnes qui, bien qu’intégrées dans la vie quotidienne des quartiers et des écoles, continuent de travailler dans l’économie souterraine. Le leader ecclésiastique a défendu que la régularisation peut contribuer à consolider la situation de ces personnes et garantir des conditions de vie plus dignes.

Dans le même temps, il a exprimé sa préférence pour un processus avec une plus grande participation politique, soulignant que ce type de décisions devrait favoriser de larges accords entre les forces parlementaires.

Dans ce contexte, il a appelé au renforcement du « amitié civile » face à une polarisation croissante, à l’heure où le débat sur l’immigration est devenu l’un des principaux axes de confrontation politique. Ces positions contrastent avec le durcissement du discours du PP et de Vox, surtout après l’accord conclu en Estrémadure.

Le pacte introduit des restrictions à l’accès des personnes en situation irrégulière aux services publics et propose l’application du soi-disant « principe de priorité nationale » en matière d’aides et de prestations. Le document comprend également des mesures telles que le retour des mineurs non accompagnés ou le rejet des mécanismes de répartition des migrants entre communautés autonomes, dans une ligne politique qui lie l’immigration aux problèmes de sécurité et de coexistence.

Face à cette approche, le positionnement du monde des affaires a suivi une logique différente, centrée sur les besoins du marché du travail. Les dirigeants aiment Antonio Garamendi, président du CEOE, Josep Sánchez Llibre, président du Foment del Treball et Ángela de Miguel, présidente du Cepymeont convenu de soutenir la régularisation, soulignant son importance pour le fonctionnement de l’économie.

Lors d’un forum économique organisé cette semaine, les représentants des entreprises ont souligné que l’Espagne avait besoin de main d’œuvre et que l’immigration était un facteur clé pour soutenir la croissance. Ces dernières années, une part importante des emplois créés a été occupée par des travailleurs étrangers, reflétant leur poids croissant dans le tissu productif.

De ce point de vue, la régularisation est comprise comme un outil pour ordonner une réalité déjà existante : la présence de milliers de personnes qui travaillent sans papiers. Les intégrer au marché du travail formel permettrait, selon le monde des affaires, d’améliorer la productivité, d’augmenter les recettes fiscales et de réduire l’économie souterraine.

Le patronat défend la position du gouvernement

Les hommes d’affaires ont également souligné la nécessité de lier ce processus à l’emploi. Ils considèrent qu’il est essentiel que les travailleurs qui accèdent à la régularisation puissent effectivement rejoindre des secteurs en demande de main d’œuvre, ce qui nécessite des politiques actives de formation et d’adaptation professionnelle.

Dans cette optique, ils ont évoqué la possibilité de développer des programmes de qualification spécifiques, ainsi que des mécanismes de financement qui facilitent l’accès à ces parcours de formation. L’objectif est aligner les capacités des travailleurs sur les besoins réels des entreprises. Un autre aspect souligné par le monde des affaires est le contexte démographique.

Les prévisions font état d’une augmentation significative du nombre de départs à la retraite au cours de la prochaine décennie, ce qui générera une forte demande de nouveaux travailleurs. Selon ces estimations, l’économie espagnole ne pourra pas combler ce déficit uniquement avec la population active nationale.

L’immigration apparaît ainsi comme un élément structurel pour soutenir le système productif et garantir le changement générationnel sur le marché du travail. Dans ce scénario, la régularisation répond non seulement à un enjeu social, mais aussi à un besoin économique.