Abascal nie que Vox va privatiser les retraites et fait peser le risque sur Sánchez pour continuer

Thibault Delacroix

Santiago Abascal nie cela Voix va privatiser les retraites et fait peser un risque sur le maintien du gouvernement de Pedro Sánchez. Il l’a fait dans l’interview que La Razón publie ce dimanche 18 octobredans lequel le président du parti a voulu envoyer un message de calme aux retraités et démanteler une accusation que la gauche répète contre le parti.

« Vox n’a jamais dit qu’il allait privatiser les retraites », a assuré le leader, ajoutant : « Que les retraités se rassurent, les retraites seront payées, les retraites ne seront mises en danger que si ce gouvernement continue ».

Le message comporte deux moitiés. La première est la garantie : le système public est maintenu et les prestations sont versées. L’autre est politique : ceux qui remettent en question la viabilité des paiements ne sont pas ceux d’Abascal, mais un exécutif qui, selon son diagnostic, a laissé le système exposé au manque d’emplois et à une augmentation des dépenses sans revenus équivalents.

Ce que Vox défend et avec quels arguments

La démarche déployée dans l’entretien s’articule autour de trois pièces. Le premier est le maintien du système de retraite public avec sa structure actuelle : les cotisations des travailleurs et le rôle de garant de l’État. La seconde est une mise à jour technique du modèle, sans interruption, pour garantir que les paiements arrivent dans les délais. Le troisième est la défense du pouvoir d’achat, que le leader de Vox considère comme un droit et non une concession du gouvernement en place.

« Les retraites ne sont pas menacées. Ils seront payés avec le système existant, avec une modernisation du système, avec les changements nécessaires», a souligné Abascal. Le leader a mis l’accent sur la certitude : celui qui perçoit une pension « a le droit de ne pas perdre de pouvoir d’achat ».

La garantie d’Abascal déplace l’axe du débat : ce n’est pas le modèle Vox qui est mis en doute, mais la capacité du gouvernement actuel à soutenir les paiements.

À ce cadre s’ajoute le critère de priorité nationale que Vox applique à toute politique sociale. « L’aide sociale doit être une priorité pour le peuple espagnol », a défendu le président du parti, qui place là l’axe de sa critique de la répartition des fonds publics faite par l’Exécutif.

Le pouls avec le Gouvernement et le cadre qui conditionne la réponse

Le terrain sur lequel se déroulera la discussion est connu. Le cadre de référence reste le Pacte de Tolède, l’accord parlementaire conclu en 1995 qui a ordonné la séparation des sources de financement du système et qui a guidé toutes les réformes depuis lors. Aucun groupe disposant d’un siège ne propose de sortir de ce consensus, et le débat se déroule en petits caractères : qui le finance et avec quelles priorités.

L’Exécutif, quant à lui, n’a pas l’intention de faire bouger son cadre. L’accusation de privatisation fait partie de l’argumentation socialiste depuis l’entrée de Vox dans les institutions et réapparaîtra chaque fois que le parti d’Abascal exigera des explications sur la durabilité. Face à cela, la direction nationale véhicule une idée simple : la balle est dans le camp du Gouvernement.

Au PP, la situation est plus inconfortable. Il partage avec Vox une bonne partie des critiques économiques du Cabinet, mais a bâti son profil différentiel sur la modération en matière de bien-être. C’est là que le parti d’Abascal veut marquer la distance avec un message direct aux personnes âgées, un électorat que tous deux considèrent comme décisif.

La stratégie de Vox et le précédent du PP

La lutte entre les deux droites a une histoire qui explique presque tout. Il 18 juillet 2024Vox a brisé les gouvernements de coalition qu’elle maintenait avec le PP dans six communautés autonomes. Depuis, chaque intervention sur les services sociaux, la dépendance ou les retraites se lit aussi en termes de compétition pour un même électorat.

Les chiffres du système jouent également en faveur de l’argumentation de la formation conservatrice. L’Autorité indépendante pour la responsabilité budgétaire (AIReF) a mis en garde dans plusieurs rapports contre la pression que les dépenses de retraite exercent sur les comptes publics, un avertissement que Vox utilise pour affirmer que la durabilité n’est pas un slogan idéologique mais plutôt un compte en suspens.

Le calcul politique est tout aussi pertinent. Avec 33 députéstroisième force du Congrès des députésle parti est assuré de prendre la parole à chaque fois que le sujet revient à l’ordre du jour. La question est de savoir si cette stratégie est suffisante pour retirer le vote des retraités au PP ou si, au contraire, elle consolide son propre espace dans lequel personne d’autre ne rivalise.

Pour l’instant, le message est figé et ne permet aucune nuance : les retraites sont versées, le système public reste et le risque a son propre nom. La prochaine fois que le sujet sera porté sur la table du Conseil des ministres, le cadre de la discussion sera déjà écrit.