Crise du logement en Europe : l’expulsion à Madrid qui tend le débat en Espagne

Thibault Delacroix

Un retraité de 87 ans, en phase terminale Madrid place la crise du logement au centre de Europe. Son cas a traversé les frontières et a contraint tout un gouvernement à bouger.

Le protagoniste s’appelle Maricarmen Abascal. Elle a été expulsée de force de son domicile dans le quartier de Retrait et la réaction du quartier est devenue un camp dans le Porte du Soleil. La pression sociale a réussi à la ramener chez elle. Et d’ailleurs, le Gouvernement de Pedro Sánchez a annoncé un décret d’urgence en matière de logement que presque tout le monde connaît déjà par son prénom.

De l’expulsion du Retiro au décret baptisé Maricarmen

Allons-y par parties. L’expulsion d’une femme de 87 ans à Madrid est passée de la section événementielle à la une des journaux internationaux. Des militants de vingt pays ont participé aux manifestationsy compris l’Irlande, Allemagne,Portugal, FranceGrande-Bretagne, Grèce, Roumanie et Suisse.

Il Exécutif a répondu avec le soi-disant décret Maricarmenune règle d’urgence qui a été extrêmement controversée et qui, selon les informations qui circulent dans les rédactions européennes, a laissé le gouvernement au bord du gouffre. Le logement est passé d’une affaire locale à une affaire d’État.

Quel est l’enjeu en Espagne avec le prix de la location ?

Espagne ne fait pas exception. Les villes qui concentrent les troubles sont quasiment les mêmes sur toutes les cartes : Rome, BerlinMilan, Madrid, Barcelone, Bruxelles et Lisbonne. Selon Eurostat, les prix de l’immobilier ont augmenté de 53 % entre 2010 et 2024tandis que les loyers ont augmenté de 25 %.

L’Espagne partage le même nœud avec Berlin et Rome : le loyer est devenu la dépense qui détermine où une famille peut vivre.

Le diagnostic porté par Bruxelles pointe plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement. Un rapport de Franetle réseau de recherche de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, souligne la hausse des prix, la montée en puissance des locations touristiques de courte duréela baisse des investissements dans le logement social et l’insuffisance des aides actuelles.

Traduite dans le cas espagnol, l’équation présente un côté inconfortable : les locations touristiques réduisent l’offre résidentielle là où la pression est la plus forte. Dans un pays où le tourisme soutient une part décisive de l’emploi et où une bonne partie de l’épargne familiale est en brique, Toute règle qui touche au loyer déplace plusieurs pièces en même temps.: petits propriétaires, fonds d’investissement, communautés de quartier et surtout locataires.

Et voici un détail que presque personne ne raconte. Le débat ne se déroule plus uniquement au Congrèsmais aussi à Bruxelles. Parmi les propositions qui circulent, il y a la création d’une agence européenne du logement qui coordonne les politiques nationales, un niveau de régulation supplémentaire sur un marché qui, en Espagne, est géré par les communautés autonomes et les conseils municipaux.

Il convient de rappeler que le logement en Espagne est une compétence essentiellement régionale, les terrains et les permis étant entre les mains des municipalités. Cela explique pourquoi le décret est tombé sur un conseil à plusieurs côtés et que son application dépend de ce que font les communautés et les conseils.

Pour les promoteurs, les gestionnaires de locations et les plateformes touristiques, cette accumulation de règles ajoute de l’incertitude à une activité aux marges étroites. Pour le locataire, tout se traduit par un chiffre par mois.

Berlin, Naples et Bruxelles : les précédents qui se tournent vers l’Espagne

Le miroir le plus net se trouve en Allemagne. Le 20 septembre, Die Linke a surpris les élections régionales de Berlin: avec l’avocat Elif Eralp45 ans, devant, gagné avec 25% des voix contre 20% des CDU du chancelier Frédéric Merz.

Sa campagne s’est concentrée sur le logement et a même proposé des expropriations. Dans la capitale allemande, les loyers ont augmenté de près de 70 % au cours de la dernière décennie, selon les estimations citées lors de la campagne.

Il existe un deuxième précédent en Italie. Comme en 2022, les étudiants ont de nouveau campé devant leurs facultés à Milan, Parme et Palerme pour protester contre le prix d’une chambre. À Naples, une banderole est apparue qui résumait la situation : « Exproprions les super-riches ». Le troisième front est continental : une initiative citoyenne européenne cherche à rassembler 1,2 million de signatures pour exiger des lois sur le logement abordable. En cas de succès, la Commission européenne sera obligée de réagir.

Même l’Église n’a pas été laissée de côté. Sur le vol de retour vers Rome de France, le Pape Léon XIV Il a demandé aux journalistes quel était le problème avec un système qui permet à une femme âgée d’être « expulsée de son domicile », et a averti que la pénurie de logements ne pouvait être résolue par « aucune paroisse ». Son message aux politiques était explicite : nous devons rechercher la cause systémique du problème.

La séquence se répète avec une différence importante. En 2022, les troubles persistaient sur les campus italiens ; Aujourd’hui, il a déjà fait bouger les voix en Allemagne et a imposé un décret en Espagne. Trois choses devraient être suivies dans les semaines à venir : le traitement parlementaire du décret Maricarmen, la collecte de signatures pour l’initiative européenne et la réaction de Bruxelles si le chiffre est atteint. Le prix du loyer n’est plus une plainte privée.

📌 Dossier

  • Dossier : Maricarmen Abascal, une retraitée de 87 ans, a été expulsée de son domicile situé dans le quartier du Retiro à Madrid. Le camp de la Puerta del Sol l’a ramenée chez elle.
  • Informations importantes : Eurostat estime l’augmentation du nombre de logements dans l’UE (2010-2024) à 53 %. A Berlin, Die Linke l’a emporté le 20 septembre.
  • Résumé: La crise européenne du logement entre dans l’agenda espagnol par le biais d’une expulsion et d’un décret, avec Bruxelles et l’Allemagne comme prochaines étapes.