EN 30 SECONDES
- Que s’est-il passé ? Emmanuel Macron atterrit ce mardi en Espagne pour une visite d’État qui comprend une rencontre avec Pedro Sánchez au palais de la Moncloa.
- Qui est derrière ? Le président français et le chef de l’exécutif espagnol, avec en toile de fond l’agenda européen et l’approbation constitutionnelle du traité bilatéral.
- Quel impact cela a-t-il ? L’événement consolide l’axe hispano-français au moment même où le centre politique européen fait face à l’avancée de l’extrême droite et à la fin du cycle Macron.
Emmanuel Macron débarque ce mardi en Espagne pour ce qui sera l’un de ses derniers grands événements européens en tant que président français. La visite d’État le conduira au Palais de la Moncloa, où il rencontrera Pedro Sánchez appelé à renforcer les relations bilatérales et à projeter une position commune face au nouveau cycle politique du continent.
La France célébrera le premier tour de l’élection présidentielle en avril prochain, une étape que ses voisins observent avec inquiétude. Madrid ne fait pas exception. Le gouvernement socialiste a fait de l’européisme l’une de ses caractéristiques et suit de près un scénario dans lequel les efforts du centre politique pour contenir l’extrême droite se sont révélés jusqu’à présent insuffisants.
Quel est l’enjeu pour l’Espagne de la dernière grande visite européenne de Macron
Emmanuel Macron est l’un des plus anciens dirigeants de l’Union européenne. Elle a vu naître et grandir une bonne partie des conflits et des personnalités politiques qui secouent le monde aujourd’hui : depuis l’émergence des Donald Trump à la montée de l’extrême droite européenne, à travers la guerre en Ukraine ou la tension avec l’Iran. Son départ de l’Elysée marquera, de facto, la clôture d’une époque.
La visite d’État a également lieu après Cour constitutionnelle approuver le traité bilatéral entre l’Espagne et la France. Ce soutien juridique ouvre la voie à une coopération plus étroite dans des domaines sensibles : défense, interconnexions énergétiques, migrations et coordination dans les grandes enceintes européennes.
La rencontre arrive à un moment délicat. La politique française affronte son premier tour présidentiel en avril et la politique espagnole se méfie de toute reconfiguration de l’axe franco-allemand. Espagne Il veut maintenir son influence à Bruxelles et se présenter comme un partenaire fiable dans la défense des valeurs démocratiques.
Sans réseau, le centre politique européen est confronté à l’épreuve la plus difficile : ce qui se passe en France en avril va bouleverser le conseil d’administration de tout le continent.
Ce n’est pas la première fois que Sánchez et Macron mesurent leurs forces dans un contexte de changement. Ils se sont mis d’accord sur les sommets européens, sur la gestion de la pandémie et sur la réponse énergétique à la guerre en Ukraine. Ce lien, au profil pragmatique, s’est consolidé comme l’un des rares points d’ancrage stables du centre-gauche européen, aux côtés des gouvernements sociaux-démocrates du Portugal et de l’Allemagne.
L’axe hispano-français repose sur des intérêts spécifiques. L’Espagne et la France partagent une frontière, un marché de l’électricité et une position en Méditerranée. Les deux capitales ont des positions coordonnées sur la réforme du marché européen de l’énergie et sur la politique d’immigration, bien qu’avec des nuances. La relation n’est pas exempte de frictions, mais le cadre institutionnel la maintient sur la bonne voie.
L’aval de la Cour Constitutionnelle et un agenda bilatéral dense
Le traité entre les deux pays, entériné par le Cour constitutionnelleouvre un cadre juridique stable pour la coopération. L’ordre du jour de la réunion comprend la défense, l’énergie et la gestion des migrations, trois dossiers dans lesquels l’Espagne et la France maintiennent des positions proches, mais pas identiques.
La coopération en matière de défense prend de plus en plus de poids. Les deux capitales partagent la nécessité de renforcer l’autonomie stratégique européenne sans rompre avec l’OTAN, un équilibre délicat qui nécessite un dialogue constant. L’Espagne aspire à jouer un rôle de pont entre le nord et le sud du continent.
Sur le plan énergétique, les interconnexions restent un point en suspens. Le développement du corridor pyrénéen est en discussion depuis des années sans être totalement résolu. C’est l’une des questions où l’harmonie politique se heurte aux intérêts économiques et à la résistance technique.
L’Axe du pouvoir socialiste
A Ferraz, la visite est interprétée comme une confirmation du rôle international du gouvernement socialiste. Pedro Sánchez Il a fait de la politique étrangère un atout de son mandat et la rencontre avec Macron renforce cette image. Les barons autonomes, de Emiliano García-Page jusqu’à Adrien Barbonpartagent l’engagement européen, même si certains exigent plus d’attention à l’agenda interne.
L’opposition a choisi de faire profil bas sur ce sujet, consciente que remettre en question une visite d’État est impopulaire. La lecture stratégique est différente : le PP se réserve au débat sur la politique étrangère à son retour au Congrès et à la lutte pour le leadership européen.
L’atterrissage territorial compte également. Les communautés gouvernées par le PSOE – Castille-La Manche, Asturies, Navarre ou Catalogne à travers le PSC – observent de près le résultat des élections présidentielles françaises, car les fonds européens, les politiques de cohésion et la tonalité du débat sur l’immigration en dépendront. Ce n’est pas seulement une photo institutionnelle.
Le risque immédiat pour le gouvernement est que le changement d’ère en Europe l’entraîne vers le bas. La montée de l’extrême droite en France, si elle se confirme, mettra à rude épreuve le discours socialiste sur la défense de la démocratie. Sánchez a déjà prévu qu’il résisterait à cette poussée, mais la situation n’est pas facile. Des choses qui arrivent en politique.
Le précédent de 2017, lorsque Macron avait stoppé Marine Le Pen au second tour, est devenu vieux. Désormais, le plateau est différent et les marges du centre sont rétrécies. Ferraz le sait et c’est pourquoi il insiste sur le discours de l’unité européenne contre les extrêmes.
🌹La note de Ferraz
- Message fort : L’européanisme et la défense de la démocratie contre l’extrême droite comme marque distinctive du gouvernement socialiste.
- Protagoniste: Pedro Sánchez (président du gouvernement et secrétaire général du PSOE).
- Prochaine étape : Suivi du sommet hispano-français et du premier tour des élections présidentielles françaises, prévu en avril.






