La CJUE décide l’amnistie de Puigdemont : clé pour la majorité parlementaire du gouvernement

Thibault Delacroix

La Cour de justice de l’Union européenne rendra jeudi prochain, 16 juillet, son arrêt très attendu sur la loi d’amnistie, une résolution qui pourrait ramener Carles Puigdemont dans la politique catalane et reconstruire la majorité parlementaire qui soutient le gouvernement de Pedro Sánchez.

Luxembourg : la dernière étape du processus

La loi d’amnistie, approuvée par les Cortes générales au printemps 2024, est en phase d’application, mais plusieurs tribunaux espagnols ont renvoyé une question préjudicielle à la CJUE qui remet en question sa conformité avec le droit de l’Union. Le tribunal luxembourgeois décidera si la règle viole le principe de primauté du droit communautaire et si elle entrave l’exécution des mandats d’arrêt européens. Selon des sources proches du processus citées par El País, tout indique qu’un jugement soutiendra la légalité de l’amnistie, ouvrant ainsi la voie à Puigdemont pour retourner en Espagne sans être arrêté.

Depuis le début du processus en 2017, la justice européenne a souvent corrigé les magistrats espagnols. Des résolutions comme celle qui reconnaît l’immunité parlementaire d’Oriol Junqueras ou celle qui refuse les extraditions demandées par le juge Pablo Llarena marquent une ligne favorable aux droits politiques des leaders indépendantistes. La décision de jeudi pourrait être le point culminant de cette tendance et fournir une couverture juridique définitive au contrôle criminel poursuivi par l’amnistie.

L’impact sur la géométrie parlementaire

Le retour de Puigdemont a une lecture immédiate au sein du bureau du Congrès des députés. Junts, le parti qu’il dirige, a conditionné son soutien à l’investiture et à diverses lois au fait de surmonter ce que ses dirigeants appellent la « guerre juridique ». Si la CJUE dissipe les doutes sur l’amnistie, le parti indépendantiste pourrait passer d’une attitude de méfiance à une collaboration plus stable avec l’Exécutif. Des sources socialistes consultées par Moncloa.com soulignent que la direction fédérale espère que le jugement détendra les relations et permettra de mener à bien la négociation des budgets généraux de l’État 2027 sans le chantage permanent des votes.

L’arithmétique actuelle du gouvernement repose sur une majorité fragile qui totalise 179 sièges, avec les sept députés Junts comme charnière essentielle. Chaque vote est une impulsion. Pour cette raison, l’arrêt luxembourgeois n’est pas seulement un geste symbolique : c’est la clé qui peut débloquer l’agenda réformiste et garantir que les lois sociales telles que le logement ou la réforme fiscale progressive se poursuivent sans problème.

Ferraz observe le calendrier avec pragmatisme. Même si le jugement, quel qu’il soit, donnera des munitions à l’opposition – PP et Vox rééditeront le discours sur « l’éclatement de l’Espagne » -, au sein de la direction socialiste, il est interprété comme une occasion de démontrer que la politique d’harmonie en Catalogne porte des résultats tangibles. La première vice-présidente, María Jesús Montero, a défendu en privé que la normalisation institutionnelle est un atout électoral de premier ordre face aux prochaines élections générales.

La décision luxembourgeoise n’est pas seulement un geste pour la Catalogne : c’est la clé qui ouvre le programme réformateur de l’Exécutif.

L’Axe du pouvoir socialiste

La direction nationale du PSOE s’est alignée sur la défense de l’amnistie comme pilier de la déjudiciarisation du conflit catalan. Cependant, les dirigeants n’ignorent pas les tensions internes. Le président de Castille-La Manche, Emiliano García-Page, maintient ses réserves et a déclaré en privé que cette mesure pourrait éroder le vote socialiste dans les territoires de l’intérieur. Néanmoins, Ferraz estime qu’un soutien de la CJUE fera taire ces voix critiques et protégera la position de Salvador Illa au sein de la Generalitat. Le président catalan a besoin de Madrid pour travailler : si la législature au Congrès se stabilise, sa marge à Barcelone s’élargit pour négocier avec l’ERC et les Comuns.

Au niveau territorial, la décision a un effet domino sur les gouvernements autonomes socialistes. Adrián Barbón, dans les Asturies, et María Chivite, en Navarre, savent que leurs priorités – transition industrielle, financement de la santé – dépendent de budgets expansifs. La stabilité parlementaire que favoriserait une approche de Junts est vitale pour protéger les fonds européens et entreprendre des réformes dans les domaines du logement et de l’énergie. En outre, la déjudiciarisation écarte le spectre de la paralysie législative qui agite tant la droite, permettant au PSOE de se présenter comme le parti qui résout des problèmes complexes au lieu de les consolider.

À moyen terme, la résolution de la CJUE marque un tournant dans la stratégie de Pedro Sánchez. Si la décision est favorable, le président aura réussi à maintenir un bloc d’investiture fragmenté pendant deux ans, un exploit que peu de gouvernements minoritaires peuvent réaliser en Europe. Le précédent n’est pas sans rappeler la validation par la Cour constitutionnelle allemande du fonds européen de relance : une décision externe qui légitime la feuille de route de l’Exécutif. Les risques ne disparaissent pas – il reste des affaires judiciaires mineures et le recours de l’opposition devant la Cour constitutionnelle espagnole – mais l’horizon est clair. La prochaine fenêtre critique sera la négociation des budgets 2027, un rendez-vous qui pourrait être accéléré si Junts accepte de collaborer. Dans le cas contraire, l’érosion de l’arithmétique variable pourrait conduire à une avancée électorale au début de 2027.

🌹La note de Ferraz

  • Message fort : L’arrêt de la CJUE légitime l’engagement en faveur du dialogue et ouvre une étape de stabilité parlementaire pour conclure la législature.
  • Protagoniste: Pedro Sánchez (président du gouvernement et secrétaire général du PSOE).
  • Prochaine étape : Négociation des budgets généraux de l’État 2027, qui seront réactivées si Junts rejoint la majorité, probablement à l’automne.