La mobilisation contre la réforme des retraites ne faiblit pas face à la fermeté du gouvernement mais, derrière l'unité d'action, les syndicats, partagés sur la suite à donner au mouvement, hésitent à le radicaliser, selon des experts.
Après les manifestations qui ont rassemblé mardi entre 1,12 et 2,7 millions de personnes, la CGT et la CFDT ont appelé avec quatre autres confédérations (CFTC-CFE/CGC-FSU-Unsa) à descendre à nouveau dans la rue le 23.
Partisans d'un mouvement plus dur comme les grèves dans les transports de 1995 ou les manifestations de 2006 contre le CPE, FO et Sud, qui brandissent le spectre d'une grève générale, se joindront aux manifestations, mais n'ont pas signé cet appel.
"Il y a une vraie question de stratégie qui se pose : faut-il radicaliser le mouvement ? Les syndicats sont dans l'ambivalence car ils ne sont pas sûrs d'avoir les moyens de lancer une grève générale", affirme à l'AFP Jean-Marie Pernot, de l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires).
"FO et Sud poussent car ils sont dans une logique de distinction par rapport aux principales confédérations. La CGT est entre deux eaux : d'un côté, elle pousse à une mobilisation d'ampleur, de l'autre, elle est sur la réserve, car elle n'est pas sûre d'être suivie", estime ce spécialiste des syndicats.
La CFDT, qui a perdu beaucoup d'adhérents pour avoir soutenu la précédente réforme des retraites en 2003, "cherche des issues négociées" et veut "maintenir le mouvement dans des limites gérables, évitant donc un embrasement", selon M. Pernot.
Face aux concessions jugées insuffisantes du gouvernement, les leaders syndicaux sont en tout cas unis sur un point, celui de maintenir la pression.
"La partie n'est pas perdue", a affirmé jeudi François Chérèque (CFDT), tandis que Bernard Thibault (CGT) n'exclut pas "une crise sociale d'ampleur". "On est rentré dans un bras de fer", a prévenu Jean-Claude Mailly (FO) qui veut inciter ses homologues à exiger comme lui le retrait pur et simple du texte.
"On pense qu'il y avait moyen de mettre la pression de manière extrêmement forte. Mais on n'est pas en situation de le faire tout seul", a estimé Annick Coupé, porte-parole de l'union syndicales Solidaires (notamment Sud).
Mais pourquoi ne pas lancer immédiatement une grève générale ? La question ne taraude pas que FO et Sud.
Certaines fédérations de la CGT ne cachent pas une certaine impatience, à l'image du chef des cheminots-CGT, Didier Le Reste, qui n'exclut pas une "grève reconductible".
"Il y a un gros débat en interne sur les limites de ces journées, les 24 heures à répétition, cela lasse les salariés", glisse Thierry Babec, délégué Unsa-RATP.
"Les confédérations syndicales sont aussi dans une posture. Elles font un baroud d'honneur car elles sont obligées de suivre leur base qui est très mécontente", analyse pour sa part le politologue Philippe Braud.
"Elles doivent donner des gages à leur base, mais en même temps, elles savent au fond que le gouvernement est décidé à faire passer la réforme et que le système actuel n'est plus possible", ajoute-t-il.
Ce dilemme se retrouve dans les enquêtes d'opinion : 70% des Français approuvent la mobilisation syndicale mais plus d'un sur deux jugent "acceptable" le recul de l'âge légal de départ de 60 à 62 ans, mesure phare de la réforme, selon un sondage de l'Ifop, publié début septembre.
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