Jean-Pierre Planqueel, la personne la plus lourdement accusée dans le procès de l'affaire William Modolo, torturé et assassiné en mai 2006, est le produit d'une "vie d'errance", qui explique ainsi les violences atroces qu'il a fait subir : "c'est peut-être dans ma nature".
La cour d'assises d'Aix-en-Provence qui examine depuis le 30 août les circonstances de la mort du jeune homme a poursuivi lundi l'examen des personnalités débuté vendredi.
Planqueel, 31 ans, vit dans la rue depuis l'âge de 17 ans. Condamné à plusieurs reprises pour des faits de vol ou de violences, il est celui sur lequel pèsent les charges les plus lourdes dans ce dossier: assassinat, actes de torture et de barbarie, viol en réunion.
La voix grave et l'élocution frustre, il ne parvient pas à expliquer la violence qui s'est emparée de lui, ce 18 mai 2006, le jour où William Modolo a été roué de coups, s'est fait arracher les dents avant d'être lapidé à coups de pierre.
"Je sais pas, c'est peut-être dans ma nature, j'en sais rien", a-t-il dit lundi.
Décrit par un expert psychiatre au début du procès comme habité par une "haine archaïque", Planqueel ne se trouve pas d'excuses même si sa vie pourrait fournir quelques explications.
Elevé par sa mère et un beau-père qui lui mettait la tête dans les toilettes lorsqu'il faisait pipi au lit, il a ensuite été placé dans une famille d'accueil en Lozère puis dans un foyer avant de découvrir l'hôpital psychiatrique vers l'âge de 14 ans.
Dans cet établissement qu'il a fréquenté pendant trois ans, il aurait été violé par un médecin psychiatre qui se serait par la suite suicidé. Mais quand le président des assises l'interroge sur cet événement, il répond: "je ne répondrai pas à cette question, le gars, il est mort, on n'en parle plus".
Selon un autre expert, psychologue, Michel de Laburthe, "un verrou a sauté" au moment des faits, et dans ce groupe où il se plaisait à être le chef, il a laissé libre cours à sa volonté de "virilité dominante".
Cette dernière donnée de son caractère, c'est apparemment ce qui a séduit son ex-compagne, Aurélie Piteux, qui se trouve dans le box à ses côtés.
Au moment des faits, elle n'était âgée que de 20 ans et affirme avoir trouvé chez Planqueel un homme qui lui permettait de "se sentir protégée".
Depuis sa première rencontre amoureuse, la jeune femme n'a fréquenté que des hommes désocialisés, voire marginaux. L'un l'a violée avec un de ses amis.
Elle a rencontré "JP" avec lequel, selon un enquêteur de personnalité, elle s'est abandonnée. Depuis le début des débats, Aurélie Piteux ne parvient pas à expliquer ce qui s'est passé le 18 mai 2006. "J'étais pétrifiée", a-t-elle dit.
Enfin, la cour s'est penchée sur le cas de Franck Julien, 39 ans. Profondément alcoolique et toxicomane, il est accusé d'actes de torture et de barbarie, de viol en réunion et de complicité d'assassinat.
M. de Laburthe l'a décrit comme étant à la "limite de la déficience". "Son esprit est très vite saturé", a-t-il expliqué, faisant état non seulement d'un fonctionnement intellectuel très limité mais aussi d'une forte inhibition affective.
"Il n'y a que dans une certaine violence qu'il peut montrer qu'il est fort", a souligné l'expert.
Les débats doivent s'achever mardi par plusieurs témoignages sur les personnalités des accusés. Ce sera ensuite autour des parties civiles de plaider.
Le verdict pourrait être rendu jeudi.
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