Karim Achoui s'est efforcé jeudi de gommer son image d'"avocat du milieu", au troisième jour du procès en appel de l'évasion d'Antonio Ferrara de la prison de Fresnes (Val-de-Marne) en 2003, où il est accusé de complicité.
Celui auquel magistrats et policiers ont souvent reproché une trop forte proximité avec ses clients du grand banditisme, a brossé devant la cour d'assises l'auto-portrait d'un avocat arrivé un peu par hasard dans la profession, avant de l'embrasser avec passion.
Veste grise, jean noir slim et chemise bleu clair, l'ancien avocat de 42 ans, né à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) dans une fratrie de cinq, a décrit son enfance dans une famille d'origine kabyle. Son père est ouvrier chez Renault, sa mère assistante maternelle.
Il passe un bac scientifique, rêvant "depuis l'adolescence" d'être médecin. Mais échoue au concours et se réoriente vers le droit.
Son diplôme en poche, il s'associe avec Jean-Marc Florand, professeur de droit devenu avocat. Un partenariat qui durera six ans, jusqu'en 2000.
Le cabinet traite d'"affaires généralistes" ou "liées aux libertés publiques", toutes "intellectuellement passionnantes". Il s'occupe aussi d'affaires criminelles, d'abord confiés par leur confrère Jacques Vergès.
"Puis nous nous sommes forgés une réputation et nous étions sollicités directement". Mais "la grande criminalité n'était pas notre seule spécialité", souligne-t-il.
Les associés s'occuperont notamment de la révision du procès de Patrick Dils, condamné à tort pour l'assassinat de deux jeunes garçons.
Les années 2000-2003 sont "les plus propices sur le plan économique" pour Karim Achoui.
Il faut l'intervention de l'avocate générale, Anne Vosgien, pour rappeler les noms de ses clients de l'époque, les frères Hornec par exemple, longtemps considérés comme les parrains du milieu parisien. En 2002, il devient aussi l'avocat d'Antonio Ferrara, après sa première évasion.
Le 12 mars 2003, le braqueur italien s'évade à nouveau.
En décembre 2008, Karim Achoui est condamné pour complicité à sept ans de prison. Il passe un mois et demi incarcéré à Nanterre, avant d'être libéré sous caution. Entre-temps, la justice lui a interdit d'exercer sa profession pendant cinq ans, dans une affaire distincte.
"J'ai connu deux événements tragiques et douloureux", se remémore-t-il : une tentative d'assassinat en 2007 - deux balles lui ont perforé un poumon et une l'a atteint dans le bas-ventre - et ce passage en prison.
Relancé par le président, Hervé Stéphan, sur cette tentative d'assassinat, il répond sobrement : "je n'ai rien de plus à en dire".
Il l'avait à l'époque imputée à un "complot policier", développant cette thèse dans un livre paru en 2008, "L'avocat à abattre".
"C'est le passé", répond-il plus tard à l'avocate générale. "J'avais le sentiment qu'un certain nombre de policiers m'en voulaient. Aujourd'hui ma position a évolué".
Anne Vosgien insiste en évoquant cet ouvrage où il racontait le "plaisir" qu'il prenait à "défendre des voyous".
Mais il avance d'autres motivations. Il cite "la fragilité de la situation des accusés" et "les blessures de sa propre personne qu'on n'a pas tout à fait explorées". Quand on est avocat, "on se défend aussi un peu soi-même, on a envie de réparer une injustice, un déséquilibre. C'est un peu une thérapie".
Divorcé et père d'un garçon de huit ans, Karim Achoui a essayé de se reconvertir en patron de presse, mais a dû abandonner le projet "par manque de capitaux". Il a ouvert il y a dix mois avec un cousin un restaurant à Saint-Germain-des-Prés.
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