france > actualités et économie > gouvernement
Affaire Bettencourt: Woerth admet être intervenu pour la Légion d'honneur à Maistre
AFP | 02/09/2010 | 13:54
© AFP - Thomas Samson

Eric Woerth a admis jeudi être intervenu pour l'attribution de la Légion d'honneur au gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, qui employait sa femme, au moment où la justice tente d'établir si un délit peut être imputé au ministre, dont la démission est réclamée à gauche.

Lors d'une rencontre avec des journalistes, M. Woerth a reconnu avoir écrit en mars 2007 un courrier en ce sens à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et qu'il était lui-même député et trésorier de l'UMP.

"Ce courrier vous l'avez vu, j'étais député, j'ai fait comme un simple député, c'est d'une grande banalité tout ça", a déclaré le ministre du Travail, pressé de questions sur l'affaire Bettencourt, après s'être exprimé sur la réforme des retraites qu'il est chargé de mener.

Interrogé sur l'existence de cette lettre, M. Woerth s'est emporté. "Je n'ai jamais dit qu'elle n'avait pas existé, qu'est ce que c'est que cette histoire ?", a-t-il lancé.

Lundi, son avocat Jean-Yves Le Borgne, avait affirmé que son client n'avait pas "porté le dossier en tant que ministre" et qu'il n'avait pas "attribué cette décoration". Lors de son audition par les policiers fin juillet, M. Woerth a dit "qu'il ne se souvenait pas d'une quelconque action (en faveur du gestionnaire de fortune Patrice de Maistre) mais que si on l'avait sollicité, il avait pu donner un avis positif", avait précisé Me Le Borgne à l'AFP.

Selon L'Express, la police a saisi mi-août une lettre de mars 2007 dans laquelle M. Woerth demande à M. Sarkozy de faire en sorte que M. de Maistre obtienne la Légion d'honneur. Il s'agirait d'une "faveur" destinée à le remercier d'avoir aidé à collecter, légalement, des dons pour l'UMP.

M. de Maistre a été fait chevalier de la Légion d'honneur dans le cadre de la promotion du 14 juillet 2007 et a reçu sa décoration début 2008 des mains d'Eric Woerth, quelques semaines après l'embauche de la femme du ministre, Florence, au sein de la société Clymène gérant la fortune de la milliardaire.

Ces nouvelles déclarations fragilisent encore un peu plus M. Woerth, à une semaine du débat parlementaire sur les retraites, et alors que l'enquête menée par le parquet de Nanterre s'est concentrée sur les soupçons de "trafic d'influence" liés à l'affaire Bettencourt.

L'ancien premier ministre PS Laurent Fabius a jugé "difficile" pour M. Woerth de conduire la réforme des retraites, estimant que dans aucune autre démocratie "un ministre ainsi mis en cause" ne pourrait rester au gouvernement. Le député PS Claude Bartolone a ajouté que M. Woerth devrait démissionner car il "a menti". Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a estimé que le ministre était "plus disqualifié que jamais" pour mener la discussion sur les retraites

"Je n'ai jamais menti sur rien, à qui que ce soit", a répété l'intéressé, qui dénonce depuis plus de deux mois un "acharnement" et une "chasse à l'homme".

Eric Woerth, qui n'est à ce stade pas judiciairement mis en cause, est soupçonné de conflits d'intérêts dans la tentaculaire affaire Bettencourt, du fait de ses anciennes fonctions de ministre du Budget et trésorier de l'UMP, et de l'embauche de sa femme.

Le procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, a demandé le 17 août au parquet de Nanterre une copie du dossier Bettencourt pour examiner s'il convient de saisir la Cour de justice de la République (CJR) du cas d'Eric Woerth.

Selon une source judiciaire, la copie du dossier n'avait pas encore été transmise jeudi par le parquet de Nanterre à sa hiérarchie. Selon l'entourage de M. Nadal, le procureur général s'attend à disposer de ces éléments à la mi-septembre.

Par ailleurs, selon Mediapart et Le Monde, des carnets intimes de François-Marie Banier relatent des propos de Mme Bettencourt selon lesquels M. Sarkozy aurait reçu lors de la campagne présidentielle 2007 de l'argent du couple Bettencourt.

actualites France
auteur: Valentin BONTEMPS et Hervé LIONNET | publié le: 02/09/2010 | 13:54