Quelques campings aux allures de villes fantômes, et des plages noires de monde: les inondations des 15 et 16 juin dans le Var ont fait payer un lourd tribut à plusieurs établissements de la région de Fréjus, mais n'ont pas empêché l'afflux de vacanciers dans le département.
"Les inondations ont bien sûr été pénalisantes pour les propriétaires des campings inondés. Mais pour la saison je suis très tranquille", affirme à l'AFP Philippe Mougin, maire adjoint de Fréjus délégué au tourisme.
La plaine de l'Argens, petit fleuve côtier dont l'estuaire coupe la commune, est un haut-lieu du tourisme de plein air. Onze campings, noyés sous les eaux, ont dû y fermer à la suite des inondations qui ont fait 23 morts et deux disparus dans le département.
Six le sont toujours, totalisant 1.500 emplacements. La fermeture de ces établissements représente une perte globale pour la saison de 520.000 à 550.000 nuitées, sur plus de onze millions vendues par les campings varois, selon Robert Chaix, président du syndicat de l'hôtellerie de plein air du Var.
Pour la seule commune de Fréjus, 1.200 emplacements sur 7.000 sont indisponibles jusqu'à l'année prochaine.
La quinzaine qui a suivi les inondations avait de quoi inquiéter les professionnels du tourisme. "On a subi une avalanche d'annulations de réservations un peu partout dans le Var", affirme M. Chaix.
Dans le secteur "Var Estérel" (Fréjus), 38% des établissements interrogés lors d'une enquête réalisée par le syndicat fin juin disaient avoir subi des annulations en raison du sinistre. Ils étaient 44% dans l'arrière-pays, et 9% dans le Golfe de Saint-Tropez.
Mais les touristes sont finalement venus. "Nous avons eu une crainte au départ, mais nous sommes satisfaits. Les touristes qui avaient réservé sont là", affirme Michel Bouvard, maire adjoint délégué aux finances et à l'économie de Roquebrune-sur-Argens.
La baisse globale du chiffre d'affaires des professionnels du tourisme de la commune devrait selon lui atteindre 10 à 15%, effets des inondations et de la crise confondus.
La mobilisation de tous a permis de remettre rapidement sur pied les infrastructures, souligne-t-il.
Toute trace du sinistre n'a cependant pas été effacée. Dans le secteur du hameau de Saint-Aygulf (Fréjus), une dizaine de caravanes, transportées par les flots, semblent avoir pris racine dans un champs de vignes. Non loin, sur un terrain qui fut occupé par des gens du voyage, un camion tagué de croix nazies rose fluorescent défigure le paysage.
Le chemin des Etangs est jalonné de campings déserts, où le temps semble s'être arrêté. Canalisations arrachées, mobil-homes de guingois, épaves de voitures abandonnées par les touristes, accueillent le visiteur. Au bureau d'admission des établissements, on tombe parfois sur des responsables impuissants, oscillant entre impatience et inquiétude.
"L'eau a été partiellement rétablie, mais nous n'avons pas d'égoût, plus de clôture, plus de portail électrique. Les experts et les secrétaires des compagnies d'assurance sont en vacances", se désespère Christophe Boucherit, PDG du camping "La Barque", qui n'a plus ni voiture ni domicile propre.
Premier souci, pour lui comme pour ses voisins: se débarrasser des mobil-homes hors d'usage. Quelque 1.700 doivent être détruits dans le secteur. Ce travail, préalable à la remise en état des campings, attendra certainement la rentrée, tranquillité des vacanciers oblige.
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