Passer sa thèse est un tour de force, mais trouver ensuite du travail peut s'avérer encore plus compliqué car le secteur privé recrute trop peu de chercheurs, entraînant une hausse "préoccupante" du chômage à Bac+8, selon une note du Centre d'analyse stratégique (CAS).
La difficile insertion professionnelle après un doctorat, qui correspond à au moins huit ans d'études après le baccalauréat, dont trois au-delà du Master, n'est pas neuve, rappelle l'ancien Commissariat général au Plan dans une note de veille diffusée jeudi.
Mais elle prend des proportions inquiétantes et envoie un signal négatif "sur l'image internationale de la formation doctorale en France" et "auprès des jeunes", s'inquiète-t-il, mettant en garde contre le risque de voir s'aggraver la désaffection pour certaines filières scientifiques à l'université.
Comparés aux ingénieurs, les docteurs ont toujours eu la partie moins facile, mais "fait nouveau et préoccupant", selon le CAS, le taux de chômage trois ans après la fin de la thèse a dépassé celui des titulaires d'un Master (Bac+5).
En 2007, 10% des anciens thésards étaient au chômage contre 7% de diplômés niveau Master et 4% niveau ingénieur. Dix ans auparavant, le chômage des docteurs était de 8%, 10% au niveau Master et 5% au niveau ingénieur.
Autre chiffre marquant: le taux de chômage des titulaires d'un doctorat est "en moyenne trois fois supérieur" à celui observé dans les pays développés de la zone OCDE, selon le CAS qui parle d'une "exception française".
Y aurait-il trop de docteurs en France? Non, répondent les auteurs de la note, "les autres pays de l'OCDE ont enregistré des taux de chômage très faibles alors que la croissance du nombre de diplômés y était beaucoup plus forte que celle constatée en France sur la période 1998-2006".
Le problème tient au "nombre d'emplois de chercheurs structurellement faible dans le secteur privé", explique le CAS.
Quand les entreprises embauchent des titulaires de doctorat, ces derniers "sont de moins en moins recrutés sur la fonction recherche" et "même lorsqu'il s'agit de recrutements pour la fonction recherche, les entreprises privilégient les profils d'ingénieurs", constate le CAS qui souligne la consanguinité du recrutement.
La plupart des recruteurs ne sont eux-mêmes pas issus de l'université.
"C'est moins une surabondance de diplômés de doctorat qu'une faiblesse de l'investissement en recherche-développement qui explique la situation singulière de la France", ajoute aussi le CAS.
Dans certaines disciplines, les anciens thésards s'en sortent mieux comme la mécanique, l'électronique, l'informatique ou les sciences de l'ingénieur où ils parviennent en majorité à accrocher un poste de chercheur dans le privé.
Les carrières après un doctorat de droit, sciences économiques ou gestion sont aussi plus simples.
La note formule cinq propositions, dont l'amélioration du taux de thèses financées.
Préparer une thèse prend trois ans. En sciences sociales, environ un sur deux abandonne, un sur dix en sciences dures.
Certains doctorants bénéficient d'une allocation de recherche versée par l'Etat et connaissent ensuite moins de chômage.
De même, les bénéficiaires d'une convention CIFRE sont moins exposés au chômage. La convention CIFRE, créé en 1981, permet d'associer étroitement une entreprise à un jeune thésard. Elle bénéficie à 1.300 doctorants par an.
La France a formé 11.000 docteurs en 2007.
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