En vertu de son titre de coprince d'Andorre, Nicolas Sarkozy a salué jeudi les "progrès" de la principauté pour sortir de la liste des paradis fiscaux, après avoir menacé l'an dernier d'abdiquer.
Depuis le XVIe siècle, le chef d'Etat français partage avec l'évêque espagnol d'Urgell le titre de coprince d'Andorre, minuscule Etat de 81.000 habitants niché dans les Pyrénées et connu pour l'absence de taxes rendant bien meilleur marché cigarettes et alcools.
Son "Excellence" Nicolas Sarkozy a saisi l'occasion de cette première visite depuis 2007 pour tourner la page d'une période orageuse qu'il avait ouverte en exigeant de la principauté de faire le nécessaire afin de ne plus apparaître comme un paradis fiscal, l'un de ses principaux combats sur la scène internationale.
En mars 2009, devant des députés UMP, Nicolas Sarkozy avait menacé de renoncer à sa fonction de coprince si Andorre ne progressait pas sur la voie de la transparence fiscale.
"La transparence n'est pas contraire à l'identité andorrane. Les progrès que vous avez réalisés sont considérables", a-t-il déclaré devant le Conseil général, le Parlement andorran, se proclamant à nouveau "fier" de son titre princier.
"La compétitivité fiscale personne ne peut vous le reprocher, la fraude fiscale c'est autre chose", a ajouté M. Sarkozy qui a insisté: "Est-ce qu'on peut construire quelque chose de sérieux sur l'opacité, sur la fraude, sur la bulle spéculative? (...) Un jour, on est rattrapé par la réalité et qui paye? C'est le peuple".
Un message qu'il a répété devant quelque 2.000 Andorrans sur la Place du Peuple, dans le centre historique d'Andorre-la-Vieille, sans attirer la foule malgré la fermeture des commerces imposée par les autorités locales.
En septembre, les 28 députés andorrans ont voté une loi instaurant la levée partielle du secret bancaire et ont signé des accords d'échanges d'informations fiscales -en cas de requête uniquement- avec plusieurs pays dont la France.
Ce qui a valu à la principauté d'être retirée, en février, de la liste grise des paradis fiscaux de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
"J'engage l'Andorre à poursuivre ses efforts", a dit le président alors que la principauté, qui n'a pas d'impôts directs et quasiment pas de taxes, prévoit pour cette année l'adoption d'une réforme fiscale respectueuse des normes européennes.
La France pourrait, en contrepartie, signer une convention bilatérale évitant les doubles impositions.
Le président du Parlement andorran, Josep Dallerès, a reconnu que l'"intervention" musclée du coprince dans les affaires d'Andorre, pays souverain depuis l'instauration d'une Constitution en 1993, avait "irrité" tout en estimant qu'elle "fut une manière de nous faire réagir".
"Grâce au travail de toutes les institutions, nous avons fait en sorte qu'Andorre quitte la zone grise des occasions perdues et du sentiment de culpabilité", s'est félicité le chef du gouvernement Jaume Bartumeu Cassany, soucieux à l'occasion de cette visite de "dissiper les doutes" sur la solidité des liens franco-andorrans.
Le président français a également apporté son soutien à un rapprochement entre Andorre et l'Union européenne, "notamment la possibilité d'un accord d'association".
Nicolas Sarkozy, qui est resté deux heures et demi sur place, a achevé sa visite à 14H30, faisant l'impasse sur les six autres "paroisses" andorranes, les régions administratives de la principauté. Une entorse à la tradition qui a été mal perçue par certains Andorrans.
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