Alors que la justice doit se prononcer jeudi sur le sort de l'immeuble parisien abritant Le Fouquet's, son héritière proclamée réclame désormais également des droits sur "la moitié des Champs-Elysées".
"J'ai tellement été déçue que je n'en attends plus rien", dit à la veille de l'audience Lina Renault, une ancienne maraîchère bourguignonne, qui revendique des droits sur le restaurant Le Fouquet's, propriété de la société des Restaurants du Café de Paris depuis 1929.
Ses droits, dit-elle, sont fondés sur un héritage remontant à la comtesse Octavie de Coëtlogon, décédée en 1865 sans enfant, qui avait légué une partie de sa fortune à un cousin germain, Joseph-Paul Mauprivez. Ce dernier, oncle de la grand-mère de Mme Renault, lui avait ensuite transmis son héritage.
Ce legs comprend également deux importantes parcelles de terrain sur les Champs-Elysées, assure aujourd'hui la Bourguignonne, dont la défense sera assurée jeudi par Me Jocelyne Gomez-Varona, du barreau de Paris.
Dans l'affaire du Fouquet's, la retraitée, alors épaulée par ses deux frères, avait marqué un point en 2007 quand le premier bureau des Hypothèques de Paris leur avait attribué le prestigieux immeuble. Mais en 2008, le Tribunal de grande instance de Paris leur avait donné tort.
"Pendant des années, j'ai couru après des immeubles, alors que mes titres de propriété faisaient en fait référence à des parcelles de terrains. Il y a la moitié des Champs-Elysées en jeu", assure Mme Renault, cheveux roux tirés en chignon et gilet gris à motifs léopard.
Depuis plus de cinquante ans, la vieille dame de 77 ans rassemble des documents. Deux découvertes récentes aux Archives de Paris concernant cet héritage lui donnent, selon elle, des arguments pour réclamer des droits sur la moitié de la plus belle avenue du monde.
"Fin 2009, j'ai appris qu'il s'agissait de successions à rente perpétuelle garantie au légataire sur l'Etat français et qui doit être reversée aux héritiers de génération en génération à hauteur de 3% par an", explique-t-elle, montrant une partie des documents précieusement rangés dans un classeur bleu.
Selon elle, le loyer annuel des 13 locataires du seul immeuble du Fouquet's s'élevait à plus de deux millions d'euros en 2009. Une somme sur laquelle 3% devraient lui être reversés depuis des années, estime Mme Renault, qui accuse des notaires d'avoir "détourné" cet héritage à la fin du XIXème siècle.
De quoi faire tourner la tête si l'on multiplie cette somme par les dizaines de bâtiments présents sur les deux parcelles en questions.
"Il faut une intervention de l'Etat. Je souhaite qu'un administrateur soit nommé par la justice, parce que pour nous c'est trop gros, on n'y arrivera jamais !", soupire Mme Renault, soutenue dans son combat par deux de ses quatre enfants, dont l'un tient une pizzeria et l'autre est retraitée.
La maraîchère bourguignonne est allée jusqu'à écrire au président de la République pour plaider sa cause. En ces temps de crise, son argument-clé est tout trouvé : "En plus, si on parvient à un arrangement, l'argent restera en France, et pourra y être réinvesti, comme le souhaitaient nos ancêtres".
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