Le procès Colonna, "emblématique d'un procès politique"
AFP | 02/05/2011 | 06:43
© AFP/Archives - Benoit Peyrucq

Le cas d'Yvan Colonna est "emblématique d'un procès politique" où "la raison d'Etat l'a emporté sur l'exigence de justice", selon le juriste Vincent Le Coq, maître de conférences à l'université de Toulouse, auteur d'"Anatomie d'un procès truqué" (Max Milo), à paraître le 5 mai.

Q: Pourquoi estimez-vous que les deux premiers procès d'Yvan Colonna ont dérogé aux règles de droit ordinaires?

R: La ligne a été tracée dès le début. L'assassinat du préfet Erignac a lieu en période de cohabitation, lorsque la gauche est à Matignon. Les premières déclarations signifient: puisque l'Etat s'est révélé incapable de protéger son préfet, il vengera sa mort. Or, la vengeance n'est pas la justice.

Le ministre de l'Intérieur d'alors, Jean-Pierre Chevènement, analyse en 1999 la fuite d'Yvan Colonna comme un aveu. En 2003, la droite va s'enorgueillir de sa capture, Nicolas Sarkozy le désignant comme l'assassin. On a une unanimité gauche/droite: Colonna est condamné a priori, au mépris de la présomption d'innocence.

Lorsque la cour de cassation casse l'arrêt d'appel, en 2010, la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie prend soin de rappeler que ça ne signifie absolument pas qu'Yvan Colonna est innocent.

Au stade de l'enquête, il y a eu une guerre d'individus et de services. Ce qui devrait être la neutralité du service public s'est tranformé en une compétition probablement due à des facteurs politiques et individuels.

Colonna a ensuite été jugé par la cour d'assises spéciale, composée de magistrats désignés par le premier président de la cour d'appel de Paris, une juridiction d'exception. A tous ces égards, le procès Colonna est emblématique d'un procès politique.

Q: Comment le troisième procès se présente-t-il?

R: L'intérêt de Nicolas Sarkozy aujourd'hui n'est-il pas une condamnation a minima - une condamnation pour l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella, mais pas pour l'assassinat du préfet - qui ne lui aliénerait pas les votes corses à la présidentielle?

Je crains que ce procès ne soit sous une influence politique tout aussi forte que les deux précédents. Pour la troisième fois, le risque existe que la décision de justice soit très largement empreinte de considérations extra-judiciaires.

Q: Mis à part le contexte politique, quels autres éléments ont évolué?

R: L'arrivée d'Eric Dupond-Moretti dans l'équipe des avocats d'Yvan Colonna pourrait conduire à une significative évolution de la ligne retenue par la défense. Lors du procès en appel de Jean Castela et Vincent Andriuzzi, auquel il participait, les deux accusés avaient été acquittés pour l'assassinat du préfet et en même temps condamnés pour des attentats commis en 1994.

Il faut aussi considérer le récent mariage d'Yvan Colonna: il peut lui fournir un horizon d'attente pour supporter plus facilement un long enfermement. Il peut également traduire un espoir de sortie à brève échéance.

propos recueillis par Pascale JUILLIARD

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publié le: 02/05/2011 | 06:43