Les délais de construction exagérément optimistes fixés pour la construction des réacteurs nucléaires de troisième génération EPR à Olkiluoto (Finlande) et à Flamanville (Manche) expliquent en grande partie les retards pris par ces deux chantiers.
L'EPR de Flamanville démarrera en 2014, avec deux ans de retard, a annoncé vendredi EDF. Celui d'Olkiluoto, mené par le groupe nucléaire Areva, accuse lui près de quatre ans de retard.
Si ces délais devaient se confirmer, les deux prototypes seraient donc construits en sept à huit ans.
Or, il a fallu en moyenne six ans et onze mois pour construire les 59 réacteurs nucléaires français (y compris Phénix arrêté fin 2009) entre les années 1970 et 1990.
Il s'est même écoulé treize ans et dix mois entre le lancement du chantier et la mise en service industrielle des quatre derniers modèles, de type N4 (précurseurs de l'EPR), construits à Chooz (Ardennes) et Civaux (Vienne), selon un rapport parlementaire publié en 2003 par les députés Claude Birraux (UMP) et Christian Bataille (PS).
Loin de prendre en compte ces précédents historiques, Areva et EDF ont fixé des délais très ambitieux pour la construction de leur dernier modèle de réacteur, qui présente pourtant de multiples innovations par rapport à ses prédécesseurs.
Le délai nécessaire à la construction d'un EPR a ainsi, dans un premier temps, été évalué à quatre ans et neuf mois par Framatome (ex-Areva) et EDF.
Puis Areva a répondu à l'appel d'offres du groupe énergétique finlandais TVO qui lui donnait quatre ans seulement pour construire son réacteur.
Quant à EDF, il s'était fixé un objectif un tout petit peu moins ambitieux en se donnant 54 mois, soit quatre ans et six mois, pour son chantier de Flamanville.
"Les délais étaient très, voire trop, optimistes", confirme un expert du secteur sous couvert de l'anonymat.
"Il y a eu sans doute un enthousiasme exagéré", abonde Claude Gatignol, coprésident (UMP) du groupe d'étude énergies à l'Assemblée nationale.
Mais cet optimisme répondait à un véritable enjeu commercial : plus le temps de construction d'un réacteur est long et plus il coûte cher. Sa compétitivité à l'exportation s'en trouve alors amoindrie.
Le coût de construction de l'EPR d'Olkiluoto est ainsi passé de 3 à 5,7 milliards d'euros. Quant à Flamanville, son coût est passé de 3,3 à 5 milliards d'euros.
Et la question du prix est primordiale alors que l'EPR est en concurrence avec d'autres sources d'énergie (charbon, gaz, etc.), mais aussi avec le réacteur AP1000 de l'américain Westinghouse et le réacteur à eau bouillante ABWR développé par le japonais Hitachi.
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