Déni de grossesse ou grossesse cachée : les mots auront leur importance pour l'issue judiciaire de l'affaire des huit bébés retrouvés morts à Villers-au-Tertre (Nord).
Me Frank Berton, l'avocat de Dominique Cottrez, mise en examen pour "homicides volontaires sur mineurs de moins de 15 ans", a évoqué vendredi l'hypothèse du déni de grossesse comme une tentative d'explication aux huit néonaticides avoués par cette aide-soignante de 45 ans.
L'argument du déni avait cependant été écarté dès jeudi par le procureur de Douai, Eric Vaillant, qui avait souligné que Mme Cottrez "se rendait parfaitement compte de ses grossesses".
Considéré comme "une pathologie grave" par le gynécologue-obstétricien Israël Nisand, le déni de grossesse est sorti de l'ombre au cours de l'affaire Véronique Courjault, condamnée à huit ans de prison pour triple infanticide. Son procès en juin 2009 avait donné lieu à une bataille d'experts, le déni étant invoqué par la défense, mais réfuté par l'accusation.
"Il y a moins d'incrédulité, les médecins s'inquiètent de savoir le reconnaître, ce qui n'était pas le cas avant. Les magistrats ont découvert que l'infanticide dans ce contexte était d'un certain point de vue compréhensible", avait expliqué à l'AFP le Pr Nisand lors de la mise en liberté conditionnelle de Mme Courjault en mai dernier.
Ce spécialiste distingue le déni de grossesse, où la femme ne se sait pas enceinte, de la grossesse cachée, que la femme dissimule délibérément à son entourage, par exemple en portant des vêtements amples.
Dans la situation de déni, le corps de la femme est le premier berné. Tous les signes de la grossesse sont absents ou largement diminués : pas de prise de poids, pas de déformation de la silhouette - la sangle abdominale se muscle et l'utérus se développe vers le haut au lieu de basculer vers l'avant.
En revanche, le signe le plus commun de la non-grossesse, les règles, sont, elles, bien souvent présentes. De quoi tromper la femme, son entourage le plus proche, voire les médecins, explique Félix Navarro, président de l'Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse.
Il peut toucher tout type de femme, quels que soient son âge, son milieu social, son niveau intellectuel, sa situation familiale, et même son désir affiché d'être mère.
Au moins 1.600 femmes font un déni de grossesse chaque année en France, selon le Dr Navarro.
Pour la majorité d'entre elles, le déni est levé au cours de la grossesse. On parle de déni total lorsque la révélation se fait à l'accouchement. "C'est au moins 320 femmes par an en France", estime ce médecin de santé publique. Parmi elles, "à peu près 80" accouchent dans des circonstances totalement inappropriées. "Et c'est là où les drames peuvent se produire".
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