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Infanticides de Villers: "la mère n'est pas une serial killer"
AFP | 30/07/2010 | 14:09
© AFP - Denis Charlet

Sophie Marinopoulos, psychanalyste à la maternité de Nantes, déjà confrontée à plusieurs cas d'infanticides, ne considère pas une femme qui tue huit de ses nouveau-nés comme "une sérial killeur", mais la voit "dans le déni ou la dénégation", avec une grande souffrance.

La spécialiste a notamment publié "Dans l'intime des mères" et le roman "La vie ordinaire d'une mère meurtrière" (Fayard).

Q: "Quel est le dénominateur commun des néonaticides ?

R: "Le déni et la dénégation sont les mécanismes majeurs. La dénégation c'est : +je sais mais je ne veux pas savoir+.

C'est compliqué, parce que si pour un policier, oui, elle savait qu'elle était enceinte, pour un psy, non. C'est un mécanisme psychique de défense. On est dans l'étrangeté de la défense du psychisme mis en place pour éviter une souffrance intense.

Q: Que se passe-t-il vraiment au moment de la naissance ?

R: Ces femmes sont dans un moment de détresse, de panique intense dans lequel il faut qu'elles arrivent à sauver leur peau. Car n'oublions pas qu'une femme qui accouche risque toujours sa vie. Tout ce que ces femmes veulent fuir d'une réalité, arrive au triple galop au moment des douleurs de l'accouchement.

Q: Comment faut-il comprendre l'élément avancé par Dominique Cottrez d'une grossesse difficile par le passé ?

R:"C'est l'analyse sociale, de surface. Au lendemain d'une arrestation, ces femmes sont dans un état terrible. Elles ne comprennent pas ce qui se passe, elles ont des grandes difficultés à parler. Il faut toujours attendre un peu, qu'elles puissent un peu parler de ce qu'elles ont vécu.

Q:"Que signifie la répétition des actes, huit fois, ce que le procureur de la République de Douai a lui-même qualifié de +hors normes+ ?

R:"Ce n'est pas une serial killer ! Les serial killers anticipent leurs crimes, ils organisent leur crime, ils choisissent une proie et jouissent de ce qu'ils vont faire. A ma connaissance, les femmes n'organisent pas leur grossesse pour pouvoir tuer les enfants. Il faut bien faire la différence. Il s'agit d'une souffrance psychique. Tant qu'on a pas soulevé les raisons du mal-être, le mal-être peut continuer de s'exprimer. C'est comme un symptôme.

Q: "Avez-vous eu l'occasion d'identifier des signes avant-coureurs ?"

R: "Dans les maternités, une femme qui ne se fait pas suivre et arrive à sept mois de grossesse, accouche et rentre chez elle (...) le déni est banalisé. Dans tous les dossiers que je connais, la dernière grossesse avant le néonaticide était une grossesse avec un déni et une dénégation : mal suivie, pas annoncée, arrivée catastrophe à la maternité, accouchement dans les toilettes... Avant on supportait les grossesses nerveuses. Les seins qui gonflent, l'arrêt des règles alors qu'il y a pas de bébé, on le croyait, on parlait "d'originales+. Mais le déni, on ne veut pas y croire.

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publié le: 30/07/2010 | 14:09