Le coup de théâtre de mardi au procès du professeur de Droit Jacques Viguier tient à la personnalité de son avocat, Maître Eric Dupond-Moretti, un fin pénaliste recordman des acquittements, mais dont les méthodes parfois brutales sont décriées.
"Acquittator" : c'est le surnom que lui donnent des habitués des prétoires au vu des dizaines d'acquittements obtenus par l'avocat lillois. Il en aurait plus de 75 à son palmarès. Parmi les plus connus, celui de la "boulangère" d'Outreau, Roselyne Godard, devant les assises de Saint-Omer en juillet 2004. Cette affaire l'a fait connaître auprès du grand public.
Suit en février 2006 l'un de ses plus beaux souvenirs : l'acquittement de Jean Castela, que l'on soupçonne alors d'être l'un des commanditaires de l'assassinat du préfet Erignac.
Le 21 novembre 2008, à Aix-en-Provence, il obtient encore l'acquittement de Jérôme Verrando, dans l'affaire de l'assassinat du berger de Castellar.
Mais si des dizaines de clients lui vouent une admiration sans bornes, le ton est moins louangeur du côté des magistrats et des avocats.
"Me Dupond-Moretti est un tonton flingueur qui confond souvent enceinte judiciaire et ring de boxe. Chez lui, la fin justifie les moyens", relève ainsi un haut magistrat.
Une journaliste judiciaire se souvient de jurés et de magistrats de province "tétanisés" par la brutalité et "les fausses colères" de celui que certains appellent "l'ogre judiciaire".
"On dit que je terrorise les juges, c'est faux. Je terrorise les cons", avait répondu en novembre 2008 le pénaliste, cité dans le journal Le Monde.
Ce barbu à la stature de rugbyman et à la voix de stentor est pour le moins physiquement impressionnant. Pourtant, quand il le faut, il sait s'adresser aux jurés. La romance s'est d'ailleurs invitée dans le prétoire: il a rencontré sa femme dans une salle d'assises à Lille. Jurée, elle a succombé au charme du personnage.
Choisissant des mots simples, accessibles à tous, il sait convaincre les jurés et les ramener vers lui, à l'image des faucons qu'il élève.
Fauconnier, habile chasseur, c'est à côté d'un renard empaillé qu'il accueille ses clients dans son bureau de Lille. Inscrit depuis 1984 au barreau de Lille, il n'a jamais voulu s'inscrire à celui de Paris, une coquetterie, ou un mépris, qui lui vaut la rancoeur de pénalistes de la capitale.
Ses relations avec les journalistes changent comme la météo: tantôt indifférent, tantôt bon camarade, il déroute. "Bien qu'il s'en défende, il adore la presse", confie toutefois une journaliste.
D'assises en assises, de province en province, l'avocat, père de deux enfants et fumeur impénitent, sillonne sans cesse la France. Il admet depuis quelque temps une prédilection pour le Sud. Son affairement lui est reproché par des confrères convaincus qu'il ne peut connaître à fond tous ses dossiers.
En 2008, il s'essaie même aux affaires financières et devient l'un des avocats de Jérôme Kerviel. Mais cette incursion ne sera que de courte durée, Me Olivier Metzner reprenant le dossier neuf mois plus tard, avec des mots peu agréables pour son prédécesseur.
Après Jacques Viguier, c'est un autre accusé de poids qu'aurait dû défendre Me Dupond-Moretti: Jean-Pierre Treiber, qui s'est suicidé le 20 février. Le procès devait commencer le 20 avril, jour où l'avocat fêtera ses 49 ans.
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